Quand la solidarité tient

Autour d’une personne vulnérable, la solidarité tient par des présences. Un parent qui connaît tout de la situation. Un frère ou une sœur qui veille. Un voisin qui rend service. Un professionnel qui comprend. Une institution qui répond au bon moment. Et parfois, au contraire, un silence, une absence, un retard, une fatigue, un départ suffisent à fragiliser tout l’équilibre.

C’est cette réalité très concrète que DEDIĈI propose aujourd’hui de regarder autrement. Non pas seulement comme une question morale, familiale ou administrative, mais comme une organisation humaine vivante, fragile, parfois invisible, qu’il serait possible d’observer, de comprendre et peut-être un jour de simuler.

Alors en avant l’innovation en solidarité.

DEDIĈI vient de déposer sur Zenodo une proposition intitulée Modélisation algorithmique d’une Micro-Foule Solidaire autour d’une personne vulnérable. Le document est accessible ici : https://doi.org/10.5281/zenodo.20067413. Il s’agit d’une note de recherche conceptuelle et algorithmique, accompagnée d’un cahier des charges de prototype, proposée comme point de départ à celles et ceux qui voudront s’en emparer.

L’idée de départ est simple. Lorsqu’une personne devient vulnérable, ou lorsqu’elle l’est déjà depuis longtemps, ce qui compte n’est pas seulement l’existence de droits, de services ou de dispositifs. Ce qui compte aussi, c’est la manière dont quelques personnes réelles tiennent autour d’elle. Qui la comprend ? Qui la défend ? Qui suit la situation dans la durée ? Qui apporte les aides concrètes ? Qui mobilise les institutions lorsque c’est nécessaire ? Et surtout, que se passe-t-il si l’une de ces personnes disparaît, s’épuise ou ne peut plus tenir sa place ?

DEDIĈI appelle Micro-Foule Solidaire ce petit cercle humain, ce Petit Toit qui peut se former autour d’une personne vulnérable. Le mot « foule » ne désigne pas ici une masse anonyme. Il désigne au contraire un petit ensemble de présences, parfois très peu nombreuses, qui s’agrègent progressivement autour d’une personne pour éviter qu’elle reste seule face à sa situation.

Ce cercle peut être composé de proches, de parents, d’amis, de voisins, de bénévoles, de professionnels, de personnes de confiance, d’associations ou d’institutions de soutien. Il peut être solide, mais il peut aussi être très fragile. Dans bien des cas, une situation semble tenir parce qu’un aidant principal porte presque tout. De l’extérieur, l’organisation paraît fonctionner. En réalité, elle peut s’effondrer si cet aidant tombe malade, vieillit, s’épuise ou disparaît.

La proposition de DEDIĈI consiste à rendre visible cette fragilité avant la rupture. Elle invite à regarder non seulement le nombre de personnes autour de la personne vulnérable, mais surtout les rôles réellement tenus. Certains défendent. Certains accompagnent. Certains organisent. Certains compensent. Certaines institutions soutiennent, sécurisent ou, parfois, compliquent. Une même personne peut tenir plusieurs rôles à la fois, avec plus ou moins d’énergie, de disponibilité, de légitimité ou de fragilité.

Dans cette approche, cinq rôles sont observés. La personne vulnérable reste d’abord au centre : ses signes, ses accords, ses refus, son apaisement ou sa tension doivent réguler l’ensemble. Viennent ensuite ceux qui défendent et protègent, ceux qui s’occupent activement et durablement de la situation, ceux qui apportent les compensations concrètes, puis les institutions et les grands dispositifs de solidarité, que DEDIĈI appelle les Grands Toits.

La question devient alors très pratique : autour de cette personne, qu’est-ce qui tient vraiment ? Qu’est-ce qui manque ? Qu’est-ce qui repose sur une seule personne ? Qu’est-ce qui risque de s’effondrer demain ? Quelles institutions soutiennent réellement le petit cercle humain, et lesquelles risquent de le ralentir, de l’ignorer ou de le confisquer ?

Ce dépôt ouvre ainsi une piste nouvelle. Il ne demande pas au grand public de devenir chercheur. Il permet simplement de comprendre une intuition forte : la solidarité n’est pas seulement une intention généreuse. Elle est une organisation fragile, qui peut être observée, renforcée, relayée et préparée dans le temps.

Pour les familles, cette proposition rejoint une inquiétude profonde : qui restera autour de mon enfant, de mon frère, de ma sœur, de mon proche, lorsque je ne pourrai plus être là ? Pour les professionnels, elle met en mots une réalité quotidienne : une situation ne tient pas seulement grâce à une prestation, mais grâce à des liens, des relais, de la confiance et une coopération lisible. Pour les institutions, elle rappelle qu’un dispositif ne suffit pas s’il ne reconnaît pas les personnes qui connaissent vraiment la personne vulnérable.

La seconde ambition du dépôt s’adresse plus directement aux chercheurs, universitaires, développeurs de logiciels de simulation, concepteurs de jeux sérieux et acteurs de l’innovation sociale. DEDIĈI ne fournit pas ici un outil numérique finalisé. L’association n’a pas vocation à développer elle-même des logiciels. Elle propose plutôt une hypothèse de travail : peut-on modéliser, puis simuler, la manière dont un cercle de solidarité apparaît, se stabilise, se surcharge, se désorganise ou devient plus résilient ?

Le document propose notamment de représenter les acteurs comme des agents ayant une énergie, une disponibilité, une proximité, une confiance, une compétence, une légitimité et une fragilité. Il invite à tester des scénarios simples mais très parlants : une personne presque seule, un aidant unique surchargé, plusieurs acteurs qui ne coopèrent pas, une institution absente, une institution trop dominante, ou encore la disparition soudaine d’un acteur clé.

Un tel travail pourrait inspirer des recherches en systèmes complexes, en intelligence artificielle multi-agents, en sciences sociales, en politiques publiques ou en éthique de l’accompagnement. Il pourrait aussi conduire à des prototypes de jeux sérieux ou de tableaux de bord d’audit, non pas pour décider à la place des personnes, mais pour rendre visibles les fragilités cachées et ouvrir le dialogue.

L’enjeu est considérable. Si l’on pouvait simuler la disparition d’un aidant central, mesurer la surcharge d’un cercle, repérer un rôle non tenu, ou montrer qu’une institution soutient sans vraiment reconnaître le petit entourage humain, alors on pourrait peut-être prévenir certaines ruptures avant qu’elles ne deviennent dramatiques.

DEDIĈI lance donc une invitation. Aux chercheurs de critiquer et d’approfondir le modèle. Aux développeurs d’imaginer des simulations. Aux acteurs de terrain de confronter cette proposition à la réalité. Aux institutions de regarder autrement ce qui fait tenir les situations vulnérables.

La finalité reste profondément humaine : permettre à chaque personne vulnérable de rester entourée, écoutée, défendue, accompagnée et soutenue dans la durée.

La question posée par ce dépôt peut se résumer simplement : autour d’une personne vulnérable, qu’est-ce qui fait vraiment tenir la solidarité ?

Référence complète du dépôt :
https://doi.org/10.5281/zenodo.20067413



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