Qui restera autour de mon enfant ?

Le juridique à notre secours ? Que pourrait-être un mandat de protection, non pas futur comme on connait déjà, mais bien plus que cela, un mandat de protection de tous les temps !

Beaucoup de parents vivent avec cette question au fond du cœur. On avance, on tient, on fait au mieux… et, parfois, une angoisse revient : “Et après nous ? Qui sera là ? Qui veillera ? Qui défendra ? Qui s’occupera vraiment de la situation ?”

La réponse la plus rassurante n’est pas une promesse vague. C’est une organisation simple, humaine, durable.

1) Ce qui protège vraiment, ce n’est pas un papier : c’est un entourage

Un document juridique peut être utile, parfois indispensable. Mais un document seul ne remplace jamais une présence humaine.

Ce qui change la vie d’une personne impliquée dans une situation de vulnérabilité, c’est la continuité d’un petit groupe qui la connaît vraiment, l’écoute, défend sa dignité, s’occupe activement des difficultés concrètes, et reste là dans la durée.

Nous appelons cela un cercle de personnes de confiance. L’idée est simple : organiser la proximité, pour que l’attention ne s’éteigne pas.

2) Un cercle, ce sont deux gestes essentiels : défendre et s’occuper de la situation

Dans le Mandat de Protection de Tous les Temps, le cercle est pensé autour de deux missions très claires :

  • Défendre la personne, partout, tout le temps, jusqu’au bout.

  • S’occuper activement et durablement de la situation, c’est-à-dire chercher des solutions, coordonner, négocier, mettre de l’ordre dans le “trop compliqué”, tout en respectant la volonté de la personne.

Ce n’est pas un langage juridique. C’est du langage de la vie.

3) Le vrai problème : la fatigue, l’isolement, les ruptures… et le “ça dépend de qui est là”

Quand un parent s’épuise, quand un proche déménage, quand un professionnel change, quand une structure se réorganise… l’accompagnement peut se fissurer.

Alors la question devient : comment rendre cet entourage “réanimable”, même si certaines personnes disparaissent ou se retirent ? C’est là que l’idée devient forte.

4) Une idée clé : faire tenir la durée grâce à une alliance (pas seulement entre individus)

Le Mandat de Protection de Tous les Temps propose une logique originale :

  • Des personnes physiques (famille, amis, voisins, bénévoles, professionnels volontaires) forment le cercle au quotidien.

  • Des personnes morales (associations, institutions, etc.) soutiennent la solidité du dispositif dans le temps long.

En clair : le cercle reste intime et humain… et il est soutenu pour durer.

5) Deux veilles pour éviter que tout s’éteigne en silence

Quand une situation se dégrade, on le découvre parfois trop tard. Le mandat prévoit donc deux formes de vigilance :

  • une veille citoyenne, attentive à l’éthique, à l’humain, au respect ;

  • une veille institutionnelle, attentive à l’organisation, aux relais, aux moyens.

Le but est simple : repérer les fragilités du cercle, relancer, reconstruire, avant la rupture.

6) Un point rassurant : ce mandat complète les protections existantes

Il ne remplace pas les mesures classiques (tutelle, curatelle, habilitation familiale…). Il vient les renforcer, parce qu’aucune protection juridique ne peut réussir sans un entourage vivant, attentif, organisé.

7) Pourquoi lire La paix de tous les temps ?

Parce que derrière ces idées, il y a une vision : la paix intérieure des parents, celle qui naît quand on sait que la personne qu’on aime ne sera pas laissée seule, et qu’une organisation humaine continuera à veiller sur elle.

Ce livre parle au cœur et à la raison. Il redonne un cap : construire un avenir plus désirable, tenir la continuité, installer une protection qui ne dépend pas de la chance.

8) Et pour les plus “endurants” : le juridique et le Code de la Solidarité

Certains voudront comprendre la mécanique en détail. C’est précieux. Parce que des solutions solides ouvrent la voie à quelque chose de plus grand : une démarche reconnue, soutenue, transmissible, capable de devenir “lourde” au bon sens du terme : durable, sérieuse, institutionnalisable.

C’est exactement le sens des liens que vous trouverez ci-dessous.


Pour aller plus loin 

Parents UNAPEI – réflexions d’un parent.

Ici Jean-Luc LEMOINE, Président Fondateur de Dediĉi. Dans cet article je m’exprime en mon nom propre, de parents à parents, en tant que parent et adhérent UNAPEI, et non au nom de l’UNAPEI ou d’une association affiliée.

Le sens profond de notre engagement

Ce texte s’adresse aux parents adhérents à l’UNAPEI, et à tous les parents. À celles et ceux qui ont donné et donnent de leur temps, de leur énergie, de leur vie parfois, pour que leurs enfants puissent vivre mieux que ce que la société leur promettait spontanément.
Voici un temps de respiration, d’un retour au sens profond de ce qui nous réunis.

À l’origine : une inquiétude, et une espérance

Le mouvement parental est né d’un sentiment que tous les parents connaissent intimement : l’inquiétude pour l’avenir de son enfant. Non pas l’avenir immédiat, mais l’avenir après nous, quand nous ne serons plus là, quand nos forces diminueront, quand notre vigilance ne pourra plus s’exercer au quotidien.

C’est cette inquiétude-là, lucide et aimante, qui a poussé des parents à s’organiser collectivement contre les dangers de la société, pour compléter ce qu’elle ne pouvait pas garantir seule.

Dès le départ, il s’agissait de construire quelque chose de plus grand que soi, quelque chose qui durerait, quelque chose qui tiendrait dans le temps long.

Une construction patiente, transmise de génération en génération

Rien de ce qui existe aujourd’hui n’est né par hasard. Tout est le fruit d’une construction lente, patiente, parfois douloureuse, toujours exigeante.

Des parents ont porté des combats. D’autres ont structuré des réponses. D’autres encore ont transmis, amélioré, consolidé. D’autres aujourd’hui s’y attachent avec force.

Préserver cette continuité, c’est respecter la mémoire des anciens, c’est reconnaître leurs efforts, c’est ne pas rompre le fil qu’ils nous ont confié.

Ce que nous cherchons vraiment : la paix pour l’avenir

Au fond, ce que recherchent les parents n’a jamais changé. Ils ne demandent pas la perfection. Ils ne demandent pas des garanties irréalistes. Ils demandent de pouvoir partir en paix.

La paix de savoir que leur enfant : ne sera pas seul, ne sera pas abandonné aux dispositifs, ne sera pas réduit à une gestion, mais restera entouré, regardé, écouté, soutenu.

Un avenir autrement désirable. Un avenir suffisamment bon. Un avenir humain.

Autodétermination et triple expertise : des mots pour dire une intuition ancienne

Les notions aujourd’hui portées par le mouvement parental militant — autodétermination, triple expertise — ne sont pas que des concepts abstraits. Ces notions mettent des mots sur ce que les parents ont toujours su : que la personne est experte de sa propre vie, que ses proches portent une connaissance irremplaçable, que les professionnels apportent des compétences indispensables, et que c’est de la rencontre continue de ces regards que naissent les équilibres possibles.

Cette triple expertise n’est pas un moment ou un endroit, C’est un travail permanent, un ajustement vivant, au fil des situations et des étapes de vie.

Le rôle du mouvement parental : soutien, veille et vigilance

Dans cette perspective, le rôle du mouvement parental — tel que porté notamment par l’UNAPEI — n’est pas de décider à la place de la personne, ni de se substituer à celles et ceux qui l’accompagnent.

Son rôle est plus discret, mais essentiel : soutenir les personnes qui entourent la personne, veiller à ce que les conditions de son autodétermination soient réunies, exercer une vigilance continue, bienveillante, responsable, pour que la triple expertise puisse rester vivante, partout, tout le temps, partout où la personne est, partout où elle sera.

Une responsabilité universelle et continue

Cela conduit à une conséquence simple, mais décisive : si nous voulons garantir cette continuité,
alors le mouvement parental doit soutenir l’environnement de proximité de la personne, tel qu’il existe et tel qu’il change.

Cela signifie : soutenir toutes les personnes qui agissent dans l’intérêt de la personne, quelles qu’elles soient, d’où qu’elles viennent, dès lors qu’elles participent, avec la personne, à son autodétermination.

Ce soutien ne dépend pas des statuts. Il dépend du sens de l’engagement.

C’est un soutien universel, continu, non exclusif, au service d’une seule finalité :
que la personne puisse rester elle-même, dans toute sa diversité, tout au long de sa vie.

Une posture de responsabilité… et de sérénité

Il ne s’agit pas d’idéalisme. Il s’agit d’une posture responsable, prudente, presque familiale.

Une attitude de bon père de famille, au sens le plus noble : attentive, prévoyante, protectrice, sans excès, mais sans abandon.

C’est cette posture qui apporte aux parents ce qu’ils cherchent depuis le début : la sérénité, et, au fond, une forme de paix.

Et donc, de façon simple et ferme

Pour rester fidèle à son histoire et à sa raison d’être, le mouvement parental doit assumer pleinement ceci :

Soutenir l’environnement humain de proximité de la personne, dans toute sa diversité, partout et toujours, afin de garantir son autodétermination et le travail continu de la triple expertise autour d’elle.
Reconnaître que ce cercle de personnes de confiance n’appartient qu’à la personne et ne doit pas être tenu, mais soutenu activement et durablement pour pouvoir se renouveler dans l’éthique et l’équilibre général.
Reconnaitre et accepter ce Petit-Toit protecteur pour que la personne puisse vivre librement sous les Grands-Toits, partout où elle est, partout ou elle sera.

C’est à cette condition que les parents pourront se dire, un jour : « Quand je ne serai plus là, mon enfant ne sera jamais seul. Il y aura toujours une vigilance collective bienveillante pour lui, à lui, à vie. Et je pourrais alors partir en paix. »

Parents de l’UNAPEI et d’ailleurs, êtes-vous d’accord avec cela ?

Un Parent Militant
Adhérent de l’UNAPEI
Président Fondateur de Dediĉi

 

La danse des 5 couleurs de la solidarité

Comme les étourneaux, nous nous équilibrons au quotidien dans la beauté du chaos

Imaginez une journée ordinaire…

Ce matin, Marie a 8 ans et a oublié son goûter.
À la récréation, Thomas partage le sien avec elle.

Cet après-midi, c’est Thomas qui ne comprend pas l’exercice de maths, et c’est Marie qui lui explique.

Qui aide qui ?
Les deux s’entraident, chacun à son tour.

Cette scène toute simple révèle quelque chose de profond :
👉 nous avons tous besoin des autres, et nous pouvons tous aider les autres.
Pas de la même façon, pas au même moment, mais toujours.


Les 5 façons d’exister ensemble

Dans la vie quotidienne, pour vivre avec les autres, nous avons besoin de cinq capacités fondamentales.
On peut les imaginer comme cinq couleurs qui se mélangent et s’équilibrent.


🔵 La couleur BLEUE – Être entendu, faire valoir sa parole

  • Le bébé qui pleure pour dire qu’il a faim

  • La personne âgée que les médecins ne prennent plus au sérieux

  • L’adolescent qui trouve enfin les mots pour dire son malaise

  • Le collègue timide dont personne n’écoute les idées en réunion


🔴 La couleur ROUGE – Se défendre, se protéger

  • L’enfant qui dit « non » quand on lui fait mal

  • La personne qui ose refuser une demande abusive

  • Celui qui connaît ses droits face à l’administration

  • La famille qui protège un membre fragile


🟢 La couleur VERTE – S’occuper de sa situation, chercher ce dont on a besoin

  • Trouver le bon médecin, le bon service

  • Remplir les formulaires administratifs

  • Organiser un déménagement

  • Gérer son budget, ses rendez-vous


⚫ La couleur NOIRE – Faire, agir, réaliser concrètement

  • Porter les courses pour quelqu’un

  • Réparer une fuite d’eau

  • Conduire pour emmener à l’hôpital

  • Cuisiner, nettoyer, construire


🟡 La couleur JAUNE – Appartenir, être inclus dans une communauté

  • Avoir une famille qui vous accueille aux fêtes

  • Être membre d’une association ou d’un club

  • Avoir des collègues qui vous considèrent

  • Vivre dans un quartier où l’on se salue


Le secret des cinq couleurs

Chacun de nous possède les cinq couleurs.
Mais elles ne brillent ni avec la même intensité, ni au même moment, ni pour la même durée.


Exemple 1 : Sophie, 35 ans, cadre dynamique

  • Bleu fort : elle s’exprime très bien en réunion

  • Rouge fort : elle sait défendre ses limites

  • Vert fort : elle gère parfaitement son agenda

  • Noir faible : blessée, elle ne peut pas porter ses courses

  • Jaune faible : elle vit seule, loin de sa famille


Exemple 2 : Karim, 70 ans, retraité, son voisin

  • Bleu faible : il a du mal à se faire comprendre des administrations

  • Rouge faible : il connaît mal ses droits

  • Vert faible : il se perd dans les démarches en ligne

  • Noir fort : il est bricoleur et en bonne santé

  • Jaune fort : il connaît tout le quartier depuis 40 ans


Que se passe-t-il entre eux ?

  • Karim descend les courses de Sophie
    (son Noir fort compense le Noir faible de Sophie)

  • Sophie aide Karim à remplir sa déclaration d’impôts en ligne
    (son Vert fort compense le Vert faible de Karim)

  • Karim invite Sophie au repas de quartier
    (son Jaune fort compense le Jaune faible de Sophie)

  • Sophie appelle la mairie pour Karim
    (son Bleu et son Vert forts compensent ses faiblesses)

Qui aide qui ? Les deux.
Qui est vulnérable ? Les deux.
Qui est ressource ? Les deux.


Comme les étourneaux qui dansent dans le ciel

Vous avez déjà vu ces nuages d’oiseaux qui dessinent des figures spectaculaires au coucher du soleil ?

Chaque étourneau suit des règles simples :

  • rester proche de ses voisins

  • aller dans leur direction

  • éviter la collision

De ces règles simples naît une danse collective magnifique.

👉 La solidarité fonctionne exactement de la même façon.


La solidarité, concrètement

À chaque instant, chacun de nous :

  • regarde quelles couleurs il peut offrir aujourd’hui

  • regarde quelles couleurs lui manquent aujourd’hui

  • s’ajuste avec ceux qui l’entourent

  • coopère pour que les couleurs se renforcent chez quelqu’un qui en a besoin

De cet équilibrage permanent naît ce que l’on appelle la solidarité.

Pas un système avec des « aidants » d’un côté et des « aidés » de l’autre,
mais une danse, où chacun est tantôt l’un, tantôt l’autre, souvent les deux en même temps.


Dans la vraie vie

À la maison

Papa sait réparer (Noir), mais c’est Maman qui gère les papiers (Vert).
L’ado s’exprime mal (Bleu faible) mais aide sa petite sœur pour les devoirs (Rouge et Noir).
Grand-mère ne peut plus conduire (Noir faible) mais accueille tout le monde le dimanche (Rouge et Jaune forts).

Au travail

Un collègue est brillant techniquement (Noir et Vert forts) mais n’ose pas parler en réunion (Bleu faible).
Vous portez sa voix.
Lui résout vos problèmes informatiques.

Dans le quartier

La voisine âgée ne sort plus (Noir faible) mais garde les enfants (Rouge et Jaune forts).
Vous faites ses courses.
Elle vous raconte l’histoire du quartier.


Ce que cela change

Comprendre cela, c’est comprendre que :

  • Personne n’est 100 % autonome

  • Personne n’est 100 % dépendant

  • Un « vulnérable » peut aider un autre

  • La solidarité n’est pas de la charité

  • Nous changeons de position tout au long de la vie


Et si…

Et si nous organisions nos familles, nos entreprises, nos quartiers, nos services sociaux avec cette idée simple en tête ?

Non plus :

« Voici les aidants » / « voici les aidés »

Mais plutôt :

« Quelles couleurs chacun peut-il offrir aujourd’hui, et de quelles couleurs a-t-il besoin ? »

Alors la solidarité cesserait d’être une obligation morale.
Elle redeviendrait ce qu’elle est vraiment :

Le mouvement naturel de la vie ensemble.

C360 : l’immense promesse et le difficile apprentissage de la réponse

La Communauté 360 porte une promesse forte, et pour beaucoup de familles, une espérance réelle : celle d’une solidarité décloisonnée, accessible, attentive aux situations complexes, capable d’apporter des réponses là où les parcours traditionnels échouent. Cette promesse est précieuse, il faut le dire et le répéter.

Le témoignage qui suit s’inscrit dans cet esprit. Il ne vise ni à dénoncer des personnes, ni à remettre en cause les intentions ou l’engagement des professionnels. Il rend compte, de manière volontairement anonymisée, d’une expérience de terrain encore en chemin, où l’écart entre l’ambition des textes et la réalité vécue interroge. Il dit une douleur, une perte d’élan, une perte de chance, et une difficulté à trouver un interlocuteur capable de recevoir une demande structurante et de la tenir dans la durée.

Ce récit n’est pas un constat d’échec, mais une invitation à réfléchir collectivement. Il suggère qu’entre la promesse de la Communauté 360 — que beaucoup découvrent et perçoivent comme exceptionnelle — et sa mise en œuvre concrète face à des projets de vie complexes et de long terme, il reste sans doute un chemin à parcourir. Un chemin qui mérite d’être regardé avec lucidité, confiance et exigence partagée.

Témoignage

Je voudrais partager un étonnement, et surtout une douleur, en espérant qu’elle puisse être entendue comme une invitation à réfléchir ensemble.

Notre famille a engagé une démarche auprès de la Communauté 360 de notre région. Nous sommes trois à disposer de l’habilitation familiale — le père, la mère et la grande sœur — pour accompagner un fils et un frère handicapé, adulte. Dans ce cadre, je suis aussi son porte-parole. Sa parole existe, mais elle est difficile dans sa clarté : il est verbal, avec des difficultés d’expression, et il a besoin de beaucoup de temps, de confiance et de médiations pour que ce qu’il veut dire puisse être entendu avec justesse.

Le projet que nous avons présenté n’est pas né d’une idée soudaine. Il est le fruit d’une réflexion très longue, conduite sur plusieurs années, et il aboutit aujourd’hui à quelque chose de nouveau dans la manière habituelle de parler d’un “projet de vie”. Il a aussi fait l’objet d’un travail patient de formulation, mené en famille avec plusieurs coordinatrices et professionnels psychologues sur plus d’une année pour être certains d’une volonté non biaisée : observer, reformuler, vérifier, ajuster, pour être sûrs, oui, d’être au plus près de ce que notre fils cherche à exprimer et à faire reconnaître.

Ce projet est simple à énoncer, et exigeant à rendre possible : notre fils souhaite pouvoir être accompagné tout au long de sa vie par un cercle stable de personnes de confiance, qu’il puisse choisir et reconnaître, qui sont gentils dit-il. Des personnes qui prennent le temps de le connaître, de l’écouter, de le comprendre, de le respecter. Des personnes capables aussi de soutenir sa parole quand elle se cherche ou n’arrive pas à se dire, de l’aider à traverser les démarches, et de veiller durablement à ce que ses intérêts soient réellement pris en compte. Et surtout : que cet accompagnement tienne dans le temps, y compris lorsque les interlocuteurs sont amenés à changer comme il le vit depuis plus de 20 ans par des mouvements incessants, et lorsque ses parents ou sa famille ne seront plus là.

Ce projet touche à quelque chose de très profond : la possibilité de se sentir en sécurité dans la durée. Il porte un espoir de continuité et de qualité de vie, et c’est pourquoi il suscite, chez notre fils comme chez nous, une émotion très forte. Au fil de ce travail, des signes nous ont frappés : chaque fois que ce projet revenait, notre fils souriait. Et dans la famille, l’émotion pouvait être forte, parfois jusqu’aux larmes, parce que ce projet touche à quelque chose d’essentiel.

C’est à partir de là que la douleur apparaît, quand cette demande rencontre une réponse qui, même bien intentionnée, ne parvient pas à l’accueillir à la hauteur de ce qu’elle représente, parce que trop relationnelle et non fléchée sur du conventionnel. Nous savons que la Communauté 360 est financée par l’ARS et soutenue, dans son fonctionnement, par des associations. Nous ne contestons ni l’utilité de ce cadre, ni l’engagement des intervenantes, qui font manifestement de leur mieux avec les moyens et les contraintes du quotidien. La réponse officielle a d’ailleurs évoqué une réalité que l’on peut comprendre : des priorités, des situations plus urgentes, un ordre de traitement, des documents à signer, un cadre à respecter. Rien de tout cela n’est choquant en soi. Nous savons que les équipes travaillent sous contrainte, avec des règles, des procédures, et souvent un manque de temps.

Mais ce que nous avons ressenti — et c’est cela que je souhaite rendre visible — c’est que ce type de cadre peut parfois empêcher d’entendre une demande qui demande précisément du temps long. Avant même que la “commande” de notre fils soit reconnue comme telle, il devient difficile de lui donner une place, parce qu’elle ne se réduit pas à un besoin immédiatement classable. Elle demande une compréhension patiente, progressive, incarnée. Et ce temps-là, dans l’organisation actuelle, est rare.

S’ajoute à cela un désarroi très concret : nous ne parvenons pas à identifier un interlocuteur en capacité de comprendre, d’accepter et de “prendre une commande”, et de la tenir. Nous cherchons une instance qui puisse dire, simplement : “oui, nous avons compris votre demande ; voici comment nous allons la travailler avec vous, dans le temps, et voici qui en répond.”

Or, au fil d’échanges trop courts, une non-clarté s’installe. Entre ce que l’on appelle “la Communauté 360” et les associations qui la soutiennent, nous ne savons pas quelle entité est en capacité de cadrer le sens de la mission, de contractualiser, de s’engager, d’assumer une continuité, et de garantir un minimum de tenue dans la durée. Nous savons qu’il existe un financeur public. Mais du point de vue de la famille, il devient difficile de savoir à qui s’adresser lorsqu’il faut une décision, un cap, un engagement explicite, et pas seulement une écoute ponctuelle conventionnée selon une charte imposée.

Ce n’est pas une demande de contrôle, ni une mise en accusation. C’est une demande de repère. Car lorsqu’un projet de vie repose sur la continuité et la confiance, la question finit inévitablement par se poser : avec qui contracte-t-on ? Qui répond de la commande ? Qui peut mobiliser, renforcer, réexpliciter, soutenir des équipes, non pas contre elles, mais pour leur donner les moyens de tenir une démarche exigeante dans la durée ?

Ce décalage produit un effet très particulier : une impression d’arrêt. Une difficulté à avancer. Une forme de découragement, non pas parce que quelqu’un dirait “non”, mais parce que le chemin pour dire “oui, nous avons compris, et voici comment nous allons travailler avec vous” ne se dessine pas réellement. Pour une famille, et pour une personne dont le projet est vital, cela ressemble à une perte de chance : celle de transformer un projet profond en trajectoire réelle, soutenue, durable. Quand cette réponse n’existe pas clairement, il se produit aussi un effet difficile à supporter : l’impression que tout devient “mou”, non par manque de bonne volonté, mais faute d’un point d’appui. Et cet effet a des conséquences humaines : perte d’élan, perte d’espoir, immobilisation, parce qu’aucune trajectoire n’apparaît, aucune prise ne se stabilise, aucun engagement ne se formule à un niveau où il serait tenable dans le temps.

Je crois que cette situation dépasse notre cas. Elle pose une question simple, presque tranquille, mais essentielle : comment notre solidarité collective s’organise-t-elle pour accueillir des projets qui ont besoin de durée ? Sommes-nous capables, institutionnellement, de travailler sur le fond, sur le long terme, avec des personnes dont les besoins ne se disent pas vite, ne se prouvent pas en une heure, et ne se résument pas à une case ou une fiche ? Il semble qu’il reste un chemin important entre les déclarations d’intention, les textes, et la mise en œuvre sur le terrain lorsque les demandes sortent des formats habituels — non pas parce qu’elles seraient extravagantes, mais parce qu’elles exigent du temps long, une compréhension progressive, et une continuité assumée.

Car ce que notre fils demande n’est pas un “plus”. C’est peut-être, au contraire, l’une des formes les plus élémentaires de la protection humaine : ne pas être seul face au monde, aujourd’hui et demain. Avoir autour de soi un cercle de personnes de confiance, suffisamment stable pour traverser les années, suffisamment reconnu pour pouvoir agir, suffisamment soutenu pour ne pas s’épuiser. On pourrait presque dire : une forme de mandat de protection future d’un autre type, centré sur la relation, la qualité de vie et la continuité, et pas seulement sur la gestion d’un dossier. Sur le fond, il nous semble que le sens est bien là : pour certaines personnes, la condition de la qualité de vie, ce n’est pas seulement une réponse ponctuelle, c’est l’existence d’un cercle de confiance durable — une protection future, concrète, vécue, reconnue et soutenue.

Je ne sais pas si nos cadres actuels savent comprendre et porter cela. Je sais seulement que, pour notre fils, c’est décisif. Et que, pour nous, le voir rester sans réponse claire est une source de tristesse et d’inquiétude.

Alors je pose cette question au collectif — aux institutions, aux financeurs, aux associations partenaires, aux professionnels, et à tous ceux qui cherchent sincèrement à bien faire : comment faire une place réelle, dans nos dispositifs, à ces projets de confiance et de durée ? Comment faire en sorte qu’une demande aussi fondamentale puisse être reconnue, comprise, puis soutenue, sans se dissoudre dans l’attente et les procédures ? Comment faire pour qu’une famille puisse trouver, en face d’elle, un interlocuteur identifiable, juridiquement et opérationnellement, capable de recevoir une commande (sans s’aligner sur la sienne), de la reconnaître, puis de l’assumer dans la durée ? Et comment donner aux équipes, dans ce cadre, l’appui et la clarté nécessaires pour que ce travail de fond devienne possible ?

Car au fond, il ne s’agit pas seulement d’organisation. Il s’agit de savoir quel avenir nous acceptons pour les personnes les plus vulnérables : un avenir fait de relais fragmentés et de réponses intermittentes, ou un avenir où la société garantit, concrètement, qu’aucune vie ne restera sans cercle de confiance pour la tenir debout — un cercle qui tienne, et une solidarité qui sache se rendre durable.

De ce témoignage,

Et vous, qu’en pensez-vous ?



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