Quand la solidarité tient

Autour d’une personne vulnérable, la solidarité tient par des présences. Un parent qui connaît tout de la situation. Un frère ou une sœur qui veille. Un voisin qui rend service. Un professionnel qui comprend. Une institution qui répond au bon moment. Et parfois, au contraire, un silence, une absence, un retard, une fatigue, un départ suffisent à fragiliser tout l’équilibre.

C’est cette réalité très concrète que DEDIĈI propose aujourd’hui de regarder autrement. Non pas seulement comme une question morale, familiale ou administrative, mais comme une organisation humaine vivante, fragile, parfois invisible, qu’il serait possible d’observer, de comprendre et peut-être un jour de simuler.

Alors en avant l’innovation en solidarité.

DEDIĈI vient de déposer sur Zenodo une proposition intitulée Modélisation algorithmique d’une Micro-Foule Solidaire autour d’une personne vulnérable. Le document est accessible ici : https://doi.org/10.5281/zenodo.20067413. Il s’agit d’une note de recherche conceptuelle et algorithmique, accompagnée d’un cahier des charges de prototype, proposée comme point de départ à celles et ceux qui voudront s’en emparer.

L’idée de départ est simple. Lorsqu’une personne devient vulnérable, ou lorsqu’elle l’est déjà depuis longtemps, ce qui compte n’est pas seulement l’existence de droits, de services ou de dispositifs. Ce qui compte aussi, c’est la manière dont quelques personnes réelles tiennent autour d’elle. Qui la comprend ? Qui la défend ? Qui suit la situation dans la durée ? Qui apporte les aides concrètes ? Qui mobilise les institutions lorsque c’est nécessaire ? Et surtout, que se passe-t-il si l’une de ces personnes disparaît, s’épuise ou ne peut plus tenir sa place ?

DEDIĈI appelle Micro-Foule Solidaire ce petit cercle humain, ce Petit Toit qui peut se former autour d’une personne vulnérable. Le mot « foule » ne désigne pas ici une masse anonyme. Il désigne au contraire un petit ensemble de présences, parfois très peu nombreuses, qui s’agrègent progressivement autour d’une personne pour éviter qu’elle reste seule face à sa situation.

Ce cercle peut être composé de proches, de parents, d’amis, de voisins, de bénévoles, de professionnels, de personnes de confiance, d’associations ou d’institutions de soutien. Il peut être solide, mais il peut aussi être très fragile. Dans bien des cas, une situation semble tenir parce qu’un aidant principal porte presque tout. De l’extérieur, l’organisation paraît fonctionner. En réalité, elle peut s’effondrer si cet aidant tombe malade, vieillit, s’épuise ou disparaît.

La proposition de DEDIĈI consiste à rendre visible cette fragilité avant la rupture. Elle invite à regarder non seulement le nombre de personnes autour de la personne vulnérable, mais surtout les rôles réellement tenus. Certains défendent. Certains accompagnent. Certains organisent. Certains compensent. Certaines institutions soutiennent, sécurisent ou, parfois, compliquent. Une même personne peut tenir plusieurs rôles à la fois, avec plus ou moins d’énergie, de disponibilité, de légitimité ou de fragilité.

Dans cette approche, cinq rôles sont observés. La personne vulnérable reste d’abord au centre : ses signes, ses accords, ses refus, son apaisement ou sa tension doivent réguler l’ensemble. Viennent ensuite ceux qui défendent et protègent, ceux qui s’occupent activement et durablement de la situation, ceux qui apportent les compensations concrètes, puis les institutions et les grands dispositifs de solidarité, que DEDIĈI appelle les Grands Toits.

La question devient alors très pratique : autour de cette personne, qu’est-ce qui tient vraiment ? Qu’est-ce qui manque ? Qu’est-ce qui repose sur une seule personne ? Qu’est-ce qui risque de s’effondrer demain ? Quelles institutions soutiennent réellement le petit cercle humain, et lesquelles risquent de le ralentir, de l’ignorer ou de le confisquer ?

Ce dépôt ouvre ainsi une piste nouvelle. Il ne demande pas au grand public de devenir chercheur. Il permet simplement de comprendre une intuition forte : la solidarité n’est pas seulement une intention généreuse. Elle est une organisation fragile, qui peut être observée, renforcée, relayée et préparée dans le temps.

Pour les familles, cette proposition rejoint une inquiétude profonde : qui restera autour de mon enfant, de mon frère, de ma sœur, de mon proche, lorsque je ne pourrai plus être là ? Pour les professionnels, elle met en mots une réalité quotidienne : une situation ne tient pas seulement grâce à une prestation, mais grâce à des liens, des relais, de la confiance et une coopération lisible. Pour les institutions, elle rappelle qu’un dispositif ne suffit pas s’il ne reconnaît pas les personnes qui connaissent vraiment la personne vulnérable.

La seconde ambition du dépôt s’adresse plus directement aux chercheurs, universitaires, développeurs de logiciels de simulation, concepteurs de jeux sérieux et acteurs de l’innovation sociale. DEDIĈI ne fournit pas ici un outil numérique finalisé. L’association n’a pas vocation à développer elle-même des logiciels. Elle propose plutôt une hypothèse de travail : peut-on modéliser, puis simuler, la manière dont un cercle de solidarité apparaît, se stabilise, se surcharge, se désorganise ou devient plus résilient ?

Le document propose notamment de représenter les acteurs comme des agents ayant une énergie, une disponibilité, une proximité, une confiance, une compétence, une légitimité et une fragilité. Il invite à tester des scénarios simples mais très parlants : une personne presque seule, un aidant unique surchargé, plusieurs acteurs qui ne coopèrent pas, une institution absente, une institution trop dominante, ou encore la disparition soudaine d’un acteur clé.

Un tel travail pourrait inspirer des recherches en systèmes complexes, en intelligence artificielle multi-agents, en sciences sociales, en politiques publiques ou en éthique de l’accompagnement. Il pourrait aussi conduire à des prototypes de jeux sérieux ou de tableaux de bord d’audit, non pas pour décider à la place des personnes, mais pour rendre visibles les fragilités cachées et ouvrir le dialogue.

L’enjeu est considérable. Si l’on pouvait simuler la disparition d’un aidant central, mesurer la surcharge d’un cercle, repérer un rôle non tenu, ou montrer qu’une institution soutient sans vraiment reconnaître le petit entourage humain, alors on pourrait peut-être prévenir certaines ruptures avant qu’elles ne deviennent dramatiques.

DEDIĈI lance donc une invitation. Aux chercheurs de critiquer et d’approfondir le modèle. Aux développeurs d’imaginer des simulations. Aux acteurs de terrain de confronter cette proposition à la réalité. Aux institutions de regarder autrement ce qui fait tenir les situations vulnérables.

La finalité reste profondément humaine : permettre à chaque personne vulnérable de rester entourée, écoutée, défendue, accompagnée et soutenue dans la durée.

La question posée par ce dépôt peut se résumer simplement : autour d’une personne vulnérable, qu’est-ce qui fait vraiment tenir la solidarité ?

Référence complète du dépôt :
https://doi.org/10.5281/zenodo.20067413



Et si le problème n’était pas les aidants

Et si le problème n’était pas les aidants mais l’organisation autour d’eux ?

On parle beaucoup des aidants. On les reconnaît, on les soutient, on les informe. Mais une question reste étonnamment floue : qu’est-ce qu’un aidant, au fond ?

Derrière ce mot, une réalité beaucoup plus complexe se cache. Un aidant n’est pas seulement quelqu’un qui “aide”. C’est souvent une personne qui assume plusieurs rôles à la fois, dans un système qui, lui, n’est pas clairement organisé. Protéger. S’occuper de la situation. Compenser au quotidien. Et bien souvent… tout porter seul.

Et si on changeait de regard ?

La difficulté ne vient pas seulement de la diversité des situations. Elle vient d’un manque de lisibilité : l’organisation autour de la personne vulnérable n’est pas suffisamment partagée.

Or, autour de chaque personne vulnérable, il devrait exister un cercle de personnes de confiance, capable de : comprendre, protéger, s’occuper et agir concrètement, et s’appuyer sur les institutions.

Quand cette organisation n’existe pas clairement, le mot “aidant” devient un fourre-tout… et la charge se concentre sur quelques-uns.

Le vrai besoin des aidants

Les aidants n’ont pas d’abord besoin de plus d’informations ou de formations ou d’animations. Ils ont besoin de quelque chose de beaucoup plus simple… et beaucoup plus profond :

👉 ne plus être seuls à porter.
👉 pouvoir partager les rôles.
👉 entrer en relation avec d’autres pour construire une organisation vivante.

Autrement dit : passer à une logique de coopération organisée.

Une piste concrète

Imaginer un système où chacun pourrait partager l’organisation autour d’une situation et se déclarer, librement et anonymement, comme ressource potentielle, pour contribuer — s’il le souhaite — à ces cercles de confiance.

Une manière nouvelle de mobiliser des personnes aujourd’hui invisibles, dans le respect total de leur liberté.

📄 Pour aller plus loin, téléchargez un document contributif dans le cadre d’un groupe de travail en Alsace sur ce sujet [La Pair Aidance]

Se déclarer pour une cause

Se déclarer pour une cause… sans révéler qui l’on est

Et si une personne pouvait se positionner pour une cause importante… sans jamais révéler son identité ? Sans nom. Sans profil public. Sans exposition sociale. Simplement dans l’intimité de sa conscience.

Cette idée peut sembler curieuse dans un monde où toute contribution semble devoir passer par l’identification, la visibilité, la reconnaissance ou la réputation. Pourtant, une grande partie des volontés humaines restent silencieuses. Non pas par indifférence, mais par prudence, par pudeur, par discrétion ou simplement par désir de rester libre.

Beaucoup de personnes ressentent un désir d’être utiles, mais ne souhaitent pas s’exposer publiquement. Elles ne veulent ni s’inscrire dans une organisation, ni être fichées, ni être sollicitées en permanence. Elles souhaitent simplement pouvoir dire intérieurement : si un jour cela peut servir, je pourrais peut-être apporter quelque chose.

La question devient alors simple : comment permettre à ces volontés silencieuses d’exister malgré tout ?


Une idée très simple : rendre les volontés trouvables sans lever l’anonymat

Imaginons une règle du jeu extrêmement simple. Une personne, chez elle, dans son intimité, prend quelques minutes pour réfléchir. Elle se pose une question très personnelle : Si je voulais être utile pour une cause, qu’est-ce que je pourrais apporter ?

Il ne s’agit pas nécessairement d’un engagement lourd. Il peut s’agir de choses très modestes : écouter une personne en difficulté ; relier deux personnes qui pourraient s’aider ; partager une compétence particulière ; donner un conseil ponctuel ; réfléchir à une situation complexe ; contribuer à une solution ; soutenir une initiative locale

La personne écrit alors un court texte. Pas un CV. Pas une inscription officielle. Simplement une déclaration personnelle de posture possible.

Quelque chose comme :

« Si une situation de vulnérabilité se présente, je pourrais peut-être aider. J’ai de l’expérience et je suis prêt à réfléchir avec d’autres pour faire relation et pour rechercher des solutions. »

Ce texte devient un profil anonyme. Aucune identité. Aucune obligation. Aucune promesse d’intervention. Mais une possibilité.


Publier anonymement… tout en restant trouvable

Ce profil peut ensuite être publié sous une forme particulière. Il ne contient aucun élément permettant d’identifier la personne. Pas de nom. Pas d’adresse personnelle. Pas de coordonnées directes.

Et pourtant, il reste trouvable. Si quelqu’un découvre ce profil et souhaite entrer en relation, la personne reste entièrement libre de décider : répondre ; discuter ; participer ; décliner ; ou simplement ne rien faire

Et tout cela dans l’anonymat et la liberté.

La personne reste toujours maîtresse de son choix. Elle n’est jamais engagée malgré elle.


Pourquoi cela pourrait être important

Dans tous les territoires, il existe une immense réserve de bonne volonté. On y trouve : des citoyens attentifs et prêts ; des professionnels expérimentés ; des bénévoles ; discrets ; des chercheurs ; des personnes de cœur ; des personnes ayant simplement une expérience de vie précieuse

Beaucoup de ces personnes pourraient contribuer à la solidarité. Mais une grande partie d’entre elles ne souhaitent pas s’exposer publiquement.

Elles ne veulent pas apparaître dans des listes. Elles ne veulent pas être sollicitées en permanence. Elles ne veulent pas non plus être enfermées dans une obligation.

Résultat : elles restent invisibles.

Et avec elles disparaît une partie immense de l’intelligence collective disponible.

L’idée proposée ici est extrêmement simple : permettre aux volontés d’exister anonymement tout en se rendant trouvables.


Une expérimentation autour de la solidarité

Pour explorer cette idée, un premier outil expérimental a été créé. Il s’agit d’un agent intelligent qui aide chacun à écrire son premier profil anonyme.

La question proposée est simple : Qui pourriez-vous être pour la solidarité envers les personnes vulnérables ?

L’agent accompagne la réflexion et aide à formuler une courte déclaration personnelle.

Essayez l’expérience ici : 👉 Agent-Solidaire

L’objectif n’est pas de recruter des personnes. Il ne s’agit pas non plus de constituer une base de données d’identités. Il s’agit simplement d’explorer une possibilité : celle d’une intelligence collective faite de volontés libres, anonymes et trouvables.


Un protocole de recherche ouvert

Cette expérimentation n’est pas improvisée. Elle s’appuie sur un protocole appelé RETO, qui décrit la manière de publier des contributions anonymes structurées sur internet afin qu’elles puissent être découvertes et explorées par des humains ou des agents intelligents.

Ce protocole est publié en recherche ouverte sur Zenodo : https://doi.org/10.5281/zenodo.18667410

L’objectif est d’explorer de nouvelles formes de contribution citoyenne où chacun reste pleinement souverain de sa parole, de sa présence et de son engagement.


Une question simple

Avant d’aller plus loin dans cette expérimentation, une seule question compte. Serait-il possible que des personnes acceptent simplement de jouer ce jeu ?

Prenez quelques minutes pour écrire votre profil anonyme. Sans obligation. Sans exposition. Juste pour voir ce que cela produit.

Oui : Seriez-vous prêt à écrire un profil anonyme pour une cause qui vous tient à cœur ?

Essayez : 👉 Agent-Solidaire


Les travaux présentés ici sont développés dans l’esprit des recherches ouvertes de DEDIĈI et seront, comme toujours, mis à disposition de tous ceux qui souhaitent les explorer, les tester ou y contribuer.

La meilleure “assurance”

Assureurs, acteurs de prévention, fondations :

Et si la meilleure “assurance” des personnes vulnérables c’était un cercle humain qui dure.

Le vrai risque n’est pas seulement médical ou financier. Il est organisationnel : rupture de liens, isolement, décisions subies, non-recours, conflits familiaux, ruptures de parcours, dérives institutionnelles et citoyennes, épuisement des proches.

Et si on traitait ce risque à sa racine, avec un dispositif simple, reproductible, et profondément éthique ?

Le Mandat de Protection de Tous les Temps

DEDIĈi propose un outil original : “protéger sans substituer”. L’idée forte : au lieu de “remplacer” la personne par une décision extérieure, le MPTT organise la durabilité d’un Cercle de Personnes de Confiance, entouré de garde-fous, pour que l’autodétermination reste possible dans le temps long, y compris quand les proches changent, s’épuisent, ou disparaissent.

Ce que le MPTT met très concrètement sur la table

Sans résumer tout le document, voici des mécanismes-clés qu’on retrouve dans l’architecture proposée :

  • Un cercle de personnes de confiance (et une mission explicite : protéger et s’occuper de la situation sans substituer)
  • Des “sentinelles” (veille citoyenne et veille institutionnelle)
  • Un garant institutionnel (soutien, stabilité, appui — sans prise de pouvoir)
  • Une clause de pérennité / réanimation (le dispositif survit aux départs, aux décès, aux ruptures)
  • Une logique de “soutien, pas contrôle” (sanctuarisation contre l’intrusion)

Pourquoi ça devrait vous intéresser

1) Assureurs et mutuelles : réduire le risque “invisible” qui coûte le plus

Vous assurez des événements. Mais le plus coûteux, dans les parcours de vulnérabilité, ce sont souvent les enchaînements : une crise en déclenche une autre, puis une autre… parce qu’il manque un cadre humain stable.

Le MPTT ressemble à un dispositif de prévention structurelle : il réduit les ruptures de parcours, il anticipe les moments de bascule, il limite les décisions improvisées, il clarifie les rôles, il prévient une partie des conflits et contentieux.

Si votre métier est aussi d’investir dans ce qui diminue les sinistres humains (et leurs coûts), le MPTT mérite au moins une exploration.

➡️ Point d’entrée : https://www.dedici.org/proteger-sans-substituer

2) Acteurs de prévention : une prévention qui ne se contente pas d’informer

La prévention échoue souvent pour une raison simple : on distribue de l’information… à des personnes qui n’ont plus l’énergie d’organiser la suite.

Le MPTT ne “sensibilise” pas, il outille : constitution d’un cercle, continuité, relais, garde-fous, médiation et gradation des désaccords.

C’est une prévention opérationnelle : elle crée l’infrastructure humaine qui manque quand la crise arrive.

➡️ Le texte du mandat

3) Fondations : financer un bien commun organisationnel

Beaucoup de programmes financent des “actions” (un service, un lieu, un accompagnement). Le MPTT propose quelque chose de plus rare : une innovation de gouvernance solidaire, qui peut s’adosser à des dispositifs existants sans les remplacer.

Financer l’appropriation du MPTT, c’est potentiellement : renforcer l’autodétermination, éviter l’isolement décisionnel, réduire les maltraitances par défaut d’organisation, soutenir durablement les proches.

➡️ Cadre et intention

Une question aux partenaires potentiels

À quoi ressemblerait un investissement réellement utile dans la protection des personnes vulnérables ? Un nouveau service ? Une campagne d’information ? Un numéro vert de plus ?

Ou bien… un dispositif qui rend possible, durablement, un “cercle” qui tient, qui se renouvelle, qui alerte quand ça dérape, et qui protège sans confisquer ?

Le MPTT pose une question exigeante : pouvons-nous protéger sans prendre la place ? Et il propose une architecture testable.

Trois manières de s’engager

1) Financer un pilote territorial

  • formation / outillage des cercles, rôle clair du garant, médiation, évaluation légère (indicateurs de continuité, crises évitées, satisfaction de la personne, conflits).

2) Soutenir une “cellule ressource” indépendante

  • support aux cercles, appui juridique/éthique, aide à la constitution, soutien aux sentinelles.

3) Co-produire un référentiel public de déploiement

  • kit d’appropriation, charte, guide de gouvernance, conditions de non-ingérence des financeurs.

Tout cela en restant fidèle à l’axe central : soutien, pas contrôle.

Invitation

Assureurs, mutuelles, acteurs de prévention, fondations : si vous cherchez un levier concret pour réduire les ruptures et renforcer l’autodétermination, lisez ces deux textes et dites-nous ce que vous y voyez : Cadre et intention   Texte du mandat

Ensuite discutons peut-être d’une expérimentation : petite, rigoureuse, mesurable, et surtout respectueuse de la personne.

➡️Nous contacter

Protéger sans substituer

Consultation d’expertise sur un Mandat de Protection de Tous les Temps

La protection juridique des majeurs est un pilier essentiel : elle sécurise des actes, clarifie des responsabilités, met en place des garanties et des recours. Pourtant, dans de nombreuses situations de vulnérabilité, une difficulté demeure — parfois la plus décisive : la continuité humaine autour de la personne.

Continuité de présence. Continuité d’attention. Continuité de compréhension fine. Continuité de défense et de vigilance. Continuité d’un entourage capable d’agir, de négocier, d’alerter, de tenir dans le temps long… alors même que les proches vieillissent, s’épuisent, se dispersent, ou disparaissent, et que les professionnels et les institutions sont soumis aux rotations, aux transitions, aux réorganisations.

C’est dans ce contexte que DEDIĈi ouvre une consultation d’expertise sur un dispositif en cours d’affinement : le Mandat de Protection de Tous les Temps . Le texte de référence (version de travail) est accessible ici : MPTT v6 – projet (PDF) 

1) Le point de départ : sécuriser ne suffit pas toujours à “tenir” la protection dans le quotidien

Les dispositifs de protection ont une finalité claire : prévenir les abus, sécuriser les décisions, protéger les intérêts de la personne. Mais il existe un angle mort récurrent : qui garantit, dans la durée, que la personne dispose réellement d’un cercle proche capable de l’entendre, de la défendre et de porter son projet de vie ?

Dans la réalité, des situations “se défaisant” dans le temps long ne sont pas rares :

  • la personne est isolée, ou ses proches sont trop loin
  • la famille est en conflit, ou l’entourage est instable
  • le parcours médico-social se fragmente
  • un mandataire fait au mieux avec un dossier lourd, mais ne peut pas “être partout”
  • l’organisation collective n’a pas d’outil simple pour fabriquer une continuité relationnelle et une vigilance de proximité.

DEDIĈi part d’une hypothèse : dans les situations de vulnérabilité, la protection la plus décisive n’est pas seulement procédurale ; elle est aussi, fondamentalement, humaine et relationnelle. Et cette protection-là ne tient pas sans organisation.

2) Le principe : “protéger sans substituer”

Le MPTT se situe dans une doctrine volontairement simple :

Ne pas remplacer les dispositifs existants, mais déplacer le centre de gravité de la protection au plus près de la personne, en garantissant l’existence et l’effectivité d’un cercle de personnes de confiance, stable et durable.

Autrement dit : il ne s’agit pas d’opposer la protection juridique et la proximité, ni de choisir entre représentation et autodétermination aidée. Il s’agit de construire un « Petit-Toit » robuste, où la protection juridique conserve sa place, mais où la personne ne reste pas seule — et où la continuité n’est pas un “bonus” dépendant du hasard des rencontres ou de l’énergie des proches.

3) Le cœur du MPTT : garantir un cercle de personnes de confiance… dans le temps long

Le MPTT (version de travail) propose d’organiser, autour du mandant, un Cercle de Personnes de Confiance : des personnes physiques librement constituées (proches, voisins, bénévoles, professionnels volontaires…), qui se rassemblent autour de deux missions structurantes :

  1. Défense : la vigilance et la protection de la personne contre toute atteinte à ses droits, à sa dignité, à sa sécurité, à son existence sociale.

  2. Accompagnement actif et durable : contribuer au quotidien à la recherche de solutions, au suivi des situations, à la négociation et à la coordination… sans agir en substitution.

Ce cercle ne vise pas à se substituer à un mandataire, à un représentant légal, à un juge, à une institution ou à un service. Il vise à rendre possible ce qui manque le plus souvent : une proximité organisée, stable, vigilante, capable de tenir dans la durée.

4) Ce qui rend ce mandat “différent” : quatre mécanismes à éprouver

Le MPTT propose plusieurs mécanismes qui doivent précisément être expertisés : leur solidité juridique, leur faisabilité, et leurs garde-fous.

a) Deux veilles “Sentinelles”

Une veille citoyenne et une veille institutionnelle, extérieures au cercle, ont pour rôle de vérifier l’effectivité : le cercle existe-t-il réellement ? se réunit-il ? tient-il son rôle ? la personne est-elle effectivement entourée ? L’intention est claire : pouvoir “vérifier que ça tient” sans exiger l’accès à l’intimité de la relation de confiance.

b) Un “Garant institutionnel”

Le mandat introduit la possibilité d’un garant institutionnel (une ou plusieurs personnes morales) qui soutient le dispositif : ressource, continuité, capacité à aider à la reconstitution du cercle, stabilité au long cours. Le garant n’est pas là pour contrôler la vie privée du cercle, mais pour garantir qu’une organisation de soutien existe réellement et ne s’effondre pas au premier choc.

c) Une clause de pérennité / réanimation

L’un des risques majeurs des dispositifs humains est la rupture : le départ d’une personne clé, l’épuisement d’un proche, la disparition d’un aidant, un changement de lieu de vie…
Le MPTT cherche à formaliser une continuité : quand une personne se défait, le dispositif ne devient pas caduc ; il déclenche au contraire une capacité de relai, de réorganisation et de reconstitution.

d) “Le soutien, pas le contrôle”

Le texte pose un principe de sanctuarisation : les acteurs institutionnels qui soutiennent le dispositif s’engagent à ne pas “prendre la main” sur l’intimité de la personne et de son cercle.
C’est une proposition exigeante : construire un appui institutionnel réel sans basculer dans l’intrusion, c’est-à-dire soutenir sans tenir.

5) Compatibilité avec la protection juridique : une articulation à clarifier, pas une concurrence

Le MPTT se présente comme compatible avec les régimes de protection (tutelle, curatelle, habilitation familiale, mandat de protection future…), tout en proposant un complément : l’organisation du cercle, de la vigilance et de la continuité.

C’est précisément l’objet de l’expertise : identifier les zones de friction (responsabilité, limites d’action, conservation, articulation avec les actes, secret, conflits d’intérêts, situations de désaccord), et renforcer les clauses et procédures.

Le texte prévoit une logique de résolution progressive : dialogue, médiation/veille, appui institutionnel, et, si nécessaire, recours à l’autorité judiciaire. La question n’est pas de supprimer les recours ; la question est de réduire les ruptures et les dérives avant qu’elles ne deviennent irréparables.

6) Pourquoi une consultation d’expertise maintenant ?

Parce qu’un mandat qui prétend tenir “dans tous les temps” doit être examiné avec rigueur, sans naïveté et sans complaisance. DEDIĈi souhaite ici une démarche simple : mettre le dispositif à l’épreuve avant de proposer de le diffuser.

Nous recherchons des retours critiques et structurés sur quatre dimensions :

  1. Juridique : qualification, compatibilité, opposabilité, responsabilités, validité des clauses, conservation, articulation avec les mesures existantes.

  2. Opérationnelle : qui tient les rôles ? comment former/soutenir ? quels moyens ? quel pilotage minimal sans bureaucratie ?

  3. Éthique : consentement, non-discrimination, prévention de l’emprise, protection contre les conflits d’intérêts, respect de la parole.

  4. Gouvernance : comment garantir l’effectivité sans intrusion ? comment définir un garant institutionnel crédible ? que peuvent/que doivent faire les sentinelles ?

7) Invitation à contribuer : un questionnaire d’expertise (10–15 minutes)

Pour structurer cette expertise, DEDIĈi met à disposition une consultation d’expertise en ligne :
Consultation d’expertise – Mandat de Protection de Tous les Temps (12 sections, 39 questions, 10–15 min) : [Questionnaire]

Le questionnaire s’adresse en particulier (sans s’y limiter) aux professionnels de la protection juridique (mandataires, juristes, magistrats, notaires, avocats), responsables d’associations tutélaires, professionnels du médico-social et de la coordination, institutions susceptibles d’être “garantes” ou partenaires, chercheurs et évaluateurs.

8) Ce que nous ferons des retours

Les contributions reçues nourriront une analyse critique des fragilités et des points à renforcer, une version améliorée du texte (clarifications, garde-fous, procédures), une clarification des conditions minimales de mise en œuvre (ce qui est indispensable, ce qui est optionnel, ce qui est impossible).

Notre intention est de proposer une architecture discutable, testable, et améliorable — et, si elle tient, de contribuer à une évolution des pratiques : protéger mieux, en protégeant d’abord la continuité humaine autour de la personne.

Personne et Cercle de confiance

Nous venons de déposer une note de recherche de fond intitulée :

Personne de confiance, cercles de confiance et protection juridique des majeurs
Proposition de cadre unifié médico-social + juridique – doctrine de non-substitution, alliance et gouvernance protégée

Cette publication part d’un constat simple : dans la vie réelle, une personne vulnérable se retrouve trop souvent seule face aux institutions, ou enfermée dans des logiques cloisonnées (médico-social d’un côté, juridique de l’autre). Même lorsque les intentions sont bonnes, les confusions de rôles et les zones de flou peuvent conduire à des décisions subies, à une parole captée, ou à une fatigue infinie des proches.

Le texte propose une idée centrale, volontairement claire et universalisable : reconnaître un cercle de personnes de confiance, librement constitué autour de la personne, indépendant des institutions, capable d’exercer un contre-pouvoir protecteur — non pas contre les institutions, mais pour permettre une alliance stable et pacifiée avec elles.

Cette note :

  • clarifie la différence entre personne de confiance, fonctions institutionnelles et représentant légal/mandataire ;

  • pose une doctrine de non-substitution et de non-ingérence ;

  • décrit une gouvernance protégée des décisions, avec recours possible à un tiers extérieur en cas de blocage ;

  • relie, sans les opposer, les perspectives médico-sociales, juridiques, sanitaires et sociales, en s’appuyant sur l’existant.

📌 Accéder à la publication sur Zenodo : https://doi.org/ 10.5281/zenodo.18515205

Nous espérons que ce texte puisse servir d’outil de discussion, de stabilisation éthique et juridique, et de base de travail pour toutes celles et ceux qui cherchent à construire autour d’une personne un entourage humain durable, clair, et protecteur.

Jean-Luc LEMOINE, pour DEDIĈI

Projet Personnalisé

Rendre la participation de la Personne vulnérable vraiment effective

On parle beaucoup de “projet personnalisé”. Sur le terrain, une difficulté revient sans cesse : la personne est parfois “présente”, mais sa participation reste fragile, partielle, ou simplement impossible dans le cadre habituel. Or la loi demande une participation directe et effective : pas une formalité, un vrai pouvoir d’expression et d’influence sur ce qui la concerne.

J’ai publié un texte de référence qui propose un déplacement simple : partir de la personne plutôt que de l’établissement, et créer les contextes concrets qui rendent sa participation possible.

L’idée centrale

La participation devient effective quand la personne peut s’appuyer sur :

  • un cercle de personnes de confiance, choisi et vécu par elle (proches, aidants, professionnels de proximité, etc.)
  • un espace d’intimité protégé, où ce qui est sensible reste protégé et filtré
  • du temps régulier et une attention continue, plutôt qu’un moment unique “en réunion”
  • ne dynamique évolutive : le projet vit, s’ajuste, se réécrit avec la personne

Ce que cela change pour les institutions

Le rôle de l’établissement (et plus largement de l’institution) prend une forme très concrète : garantir que le projet puisse se faire en soutenant ce qui lui échappe. Le texte résume cela par une formule de travail : “soutenir sans tenir”.

Autrement dit : l’institution garde un rôle essentiel, mais elle le joue comme facilitatrice et garante d’une participation réelle, au lieu de devenir, malgré elle, la propriétaire du projet.

Pourquoi partager ce document

Parce qu’il permet de remettre d’accord tout le monde autour d’un point commun : la participation effective de la Personne vulnérable doit être une réalité.

Document à lire / diffuser / discuter en équipe : [Télécharger]

Jean-Luc LEMOINE

Dépôt CERN DOI 10.5281/zenodo.18449971

Qui restera autour de mon enfant ?

Le juridique à notre secours ? Que pourrait-être un mandat de protection, non pas futur comme on connait déjà, mais bien plus que cela, un mandat de protection de tous les temps !

Beaucoup de parents vivent avec cette question au fond du cœur. On avance, on tient, on fait au mieux… et, parfois, une angoisse revient : “Et après nous ? Qui sera là ? Qui veillera ? Qui défendra ? Qui s’occupera vraiment de la situation ?”

La réponse la plus rassurante n’est pas une promesse vague. C’est une organisation simple, humaine, durable.

1) Ce qui protège vraiment, ce n’est pas un papier : c’est un entourage

Un document juridique peut être utile, parfois indispensable. Mais un document seul ne remplace jamais une présence humaine.

Ce qui change la vie d’une personne impliquée dans une situation de vulnérabilité, c’est la continuité d’un petit groupe qui la connaît vraiment, l’écoute, défend sa dignité, s’occupe activement des difficultés concrètes, et reste là dans la durée.

Nous appelons cela un cercle de personnes de confiance. L’idée est simple : organiser la proximité, pour que l’attention ne s’éteigne pas.

2) Un cercle, ce sont deux gestes essentiels : défendre et s’occuper de la situation

Dans le Mandat de Protection de Tous les Temps, le cercle est pensé autour de deux missions très claires :

  • Défendre la personne, partout, tout le temps, jusqu’au bout.

  • S’occuper activement et durablement de la situation, c’est-à-dire chercher des solutions, coordonner, négocier, mettre de l’ordre dans le “trop compliqué”, tout en respectant la volonté de la personne.

Ce n’est pas un langage juridique. C’est du langage de la vie.

3) Le vrai problème : la fatigue, l’isolement, les ruptures… et le “ça dépend de qui est là”

Quand un parent s’épuise, quand un proche déménage, quand un professionnel change, quand une structure se réorganise… l’accompagnement peut se fissurer.

Alors la question devient : comment rendre cet entourage “réanimable”, même si certaines personnes disparaissent ou se retirent ? C’est là que l’idée devient forte.

4) Une idée clé : faire tenir la durée grâce à une alliance (pas seulement entre individus)

Le Mandat de Protection de Tous les Temps propose une logique originale :

  • Des personnes physiques (famille, amis, voisins, bénévoles, professionnels volontaires) forment le cercle au quotidien.

  • Des personnes morales (associations, institutions, etc.) soutiennent la solidité du dispositif dans le temps long.

En clair : le cercle reste intime et humain… et il est soutenu pour durer.

5) Deux veilles pour éviter que tout s’éteigne en silence

Quand une situation se dégrade, on le découvre parfois trop tard. Le mandat prévoit donc deux formes de vigilance :

  • une veille citoyenne, attentive à l’éthique, à l’humain, au respect ;

  • une veille institutionnelle, attentive à l’organisation, aux relais, aux moyens.

Le but est simple : repérer les fragilités du cercle, relancer, reconstruire, avant la rupture.

6) Un point rassurant : ce mandat complète les protections existantes

Il ne remplace pas les mesures classiques (tutelle, curatelle, habilitation familiale…). Il vient les renforcer, parce qu’aucune protection juridique ne peut réussir sans un entourage vivant, attentif, organisé.

7) Pourquoi lire La paix de tous les temps ?

Parce que derrière ces idées, il y a une vision : la paix intérieure des parents, celle qui naît quand on sait que la personne qu’on aime ne sera pas laissée seule, et qu’une organisation humaine continuera à veiller sur elle.

Ce livre parle au cœur et à la raison. Il redonne un cap : construire un avenir plus désirable, tenir la continuité, installer une protection qui ne dépend pas de la chance.

8) Et pour les plus “endurants” : le juridique et le Code de la Solidarité

Certains voudront comprendre la mécanique en détail. C’est précieux. Parce que des solutions solides ouvrent la voie à quelque chose de plus grand : une démarche reconnue, soutenue, transmissible, capable de devenir “lourde” au bon sens du terme : durable, sérieuse, institutionnalisable.

C’est exactement le sens des liens que vous trouverez ci-dessous.


Pour aller plus loin 

Parents UNAPEI – réflexions d’un parent.

Ici Jean-Luc LEMOINE, Président Fondateur de Dediĉi. Dans cet article je m’exprime en mon nom propre, de parents à parents, en tant que parent et adhérent UNAPEI, et non au nom de l’UNAPEI ou d’une association affiliée.

Le sens profond de notre engagement

Ce texte s’adresse aux parents adhérents à l’UNAPEI, et à tous les parents. À celles et ceux qui ont donné et donnent de leur temps, de leur énergie, de leur vie parfois, pour que leurs enfants puissent vivre mieux que ce que la société leur promettait spontanément.
Voici un temps de respiration, d’un retour au sens profond de ce qui nous réunis.

À l’origine : une inquiétude, et une espérance

Le mouvement parental est né d’un sentiment que tous les parents connaissent intimement : l’inquiétude pour l’avenir de son enfant. Non pas l’avenir immédiat, mais l’avenir après nous, quand nous ne serons plus là, quand nos forces diminueront, quand notre vigilance ne pourra plus s’exercer au quotidien.

C’est cette inquiétude-là, lucide et aimante, qui a poussé des parents à s’organiser collectivement contre les dangers de la société, pour compléter ce qu’elle ne pouvait pas garantir seule.

Dès le départ, il s’agissait de construire quelque chose de plus grand que soi, quelque chose qui durerait, quelque chose qui tiendrait dans le temps long.

Une construction patiente, transmise de génération en génération

Rien de ce qui existe aujourd’hui n’est né par hasard. Tout est le fruit d’une construction lente, patiente, parfois douloureuse, toujours exigeante.

Des parents ont porté des combats. D’autres ont structuré des réponses. D’autres encore ont transmis, amélioré, consolidé. D’autres aujourd’hui s’y attachent avec force.

Préserver cette continuité, c’est respecter la mémoire des anciens, c’est reconnaître leurs efforts, c’est ne pas rompre le fil qu’ils nous ont confié.

Ce que nous cherchons vraiment : la paix pour l’avenir

Au fond, ce que recherchent les parents n’a jamais changé. Ils ne demandent pas la perfection. Ils ne demandent pas des garanties irréalistes. Ils demandent de pouvoir partir en paix.

La paix de savoir que leur enfant : ne sera pas seul, ne sera pas abandonné aux dispositifs, ne sera pas réduit à une gestion, mais restera entouré, regardé, écouté, soutenu.

Un avenir autrement désirable. Un avenir suffisamment bon. Un avenir humain.

Autodétermination et triple expertise : des mots pour dire une intuition ancienne

Les notions aujourd’hui portées par le mouvement parental militant — autodétermination, triple expertise — ne sont pas que des concepts abstraits. Ces notions mettent des mots sur ce que les parents ont toujours su : que la personne est experte de sa propre vie, que ses proches portent une connaissance irremplaçable, que les professionnels apportent des compétences indispensables, et que c’est de la rencontre continue de ces regards que naissent les équilibres possibles.

Cette triple expertise n’est pas un moment ou un endroit, C’est un travail permanent, un ajustement vivant, au fil des situations et des étapes de vie.

Le rôle du mouvement parental : soutien, veille et vigilance

Dans cette perspective, le rôle du mouvement parental — tel que porté notamment par l’UNAPEI — n’est pas de décider à la place de la personne, ni de se substituer à celles et ceux qui l’accompagnent.

Son rôle est plus discret, mais essentiel : soutenir les personnes qui entourent la personne, veiller à ce que les conditions de son autodétermination soient réunies, exercer une vigilance continue, bienveillante, responsable, pour que la triple expertise puisse rester vivante, partout, tout le temps, partout où la personne est, partout où elle sera.

Une responsabilité universelle et continue

Cela conduit à une conséquence simple, mais décisive : si nous voulons garantir cette continuité,
alors le mouvement parental doit soutenir l’environnement de proximité de la personne, tel qu’il existe et tel qu’il change.

Cela signifie : soutenir toutes les personnes qui agissent dans l’intérêt de la personne, quelles qu’elles soient, d’où qu’elles viennent, dès lors qu’elles participent, avec la personne, à son autodétermination.

Ce soutien ne dépend pas des statuts. Il dépend du sens de l’engagement.

C’est un soutien universel, continu, non exclusif, au service d’une seule finalité :
que la personne puisse rester elle-même, dans toute sa diversité, tout au long de sa vie.

Une posture de responsabilité… et de sérénité

Il ne s’agit pas d’idéalisme. Il s’agit d’une posture responsable, prudente, presque familiale.

Une attitude de bon père de famille, au sens le plus noble : attentive, prévoyante, protectrice, sans excès, mais sans abandon.

C’est cette posture qui apporte aux parents ce qu’ils cherchent depuis le début : la sérénité, et, au fond, une forme de paix.

Et donc, de façon simple et ferme

Pour rester fidèle à son histoire et à sa raison d’être, le mouvement parental doit assumer pleinement ceci :

Soutenir l’environnement humain de proximité de la personne, dans toute sa diversité, partout et toujours, afin de garantir son autodétermination et le travail continu de la triple expertise autour d’elle.
Reconnaître que ce cercle de personnes de confiance n’appartient qu’à la personne et ne doit pas être tenu, mais soutenu activement et durablement pour pouvoir se renouveler dans l’éthique et l’équilibre général.
Reconnaitre et accepter ce Petit-Toit protecteur pour que la personne puisse vivre librement sous les Grands-Toits, partout où elle est, partout ou elle sera.

C’est à cette condition que les parents pourront se dire, un jour : « Quand je ne serai plus là, mon enfant ne sera jamais seul. Il y aura toujours une vigilance collective bienveillante pour lui, à lui, à vie. Et je pourrais alors partir en paix. »

Parents de l’UNAPEI et d’ailleurs, êtes-vous d’accord avec cela ?

Un Parent Militant
Adhérent de l’UNAPEI
Président Fondateur de Dediĉi

 

La danse des 5 couleurs de la solidarité

Comme les étourneaux, nous nous équilibrons au quotidien dans la beauté du chaos

Imaginez une journée ordinaire…

Ce matin, Marie a 8 ans et a oublié son goûter.
À la récréation, Thomas partage le sien avec elle.

Cet après-midi, c’est Thomas qui ne comprend pas l’exercice de maths, et c’est Marie qui lui explique.

Qui aide qui ?
Les deux s’entraident, chacun à son tour.

Cette scène toute simple révèle quelque chose de profond :
👉 nous avons tous besoin des autres, et nous pouvons tous aider les autres.
Pas de la même façon, pas au même moment, mais toujours.


Les 5 façons d’exister ensemble

Dans la vie quotidienne, pour vivre avec les autres, nous avons besoin de cinq capacités fondamentales.
On peut les imaginer comme cinq couleurs qui se mélangent et s’équilibrent.


🔵 La couleur BLEUE – Être entendu, faire valoir sa parole

  • Le bébé qui pleure pour dire qu’il a faim

  • La personne âgée que les médecins ne prennent plus au sérieux

  • L’adolescent qui trouve enfin les mots pour dire son malaise

  • Le collègue timide dont personne n’écoute les idées en réunion


🔴 La couleur ROUGE – Se défendre, se protéger

  • L’enfant qui dit « non » quand on lui fait mal

  • La personne qui ose refuser une demande abusive

  • Celui qui connaît ses droits face à l’administration

  • La famille qui protège un membre fragile


🟢 La couleur VERTE – S’occuper de sa situation, chercher ce dont on a besoin

  • Trouver le bon médecin, le bon service

  • Remplir les formulaires administratifs

  • Organiser un déménagement

  • Gérer son budget, ses rendez-vous


⚫ La couleur NOIRE – Faire, agir, réaliser concrètement

  • Porter les courses pour quelqu’un

  • Réparer une fuite d’eau

  • Conduire pour emmener à l’hôpital

  • Cuisiner, nettoyer, construire


🟡 La couleur JAUNE – Appartenir, être inclus dans une communauté

  • Avoir une famille qui vous accueille aux fêtes

  • Être membre d’une association ou d’un club

  • Avoir des collègues qui vous considèrent

  • Vivre dans un quartier où l’on se salue


Le secret des cinq couleurs

Chacun de nous possède les cinq couleurs.
Mais elles ne brillent ni avec la même intensité, ni au même moment, ni pour la même durée.


Exemple 1 : Sophie, 35 ans, cadre dynamique

  • Bleu fort : elle s’exprime très bien en réunion

  • Rouge fort : elle sait défendre ses limites

  • Vert fort : elle gère parfaitement son agenda

  • Noir faible : blessée, elle ne peut pas porter ses courses

  • Jaune faible : elle vit seule, loin de sa famille


Exemple 2 : Karim, 70 ans, retraité, son voisin

  • Bleu faible : il a du mal à se faire comprendre des administrations

  • Rouge faible : il connaît mal ses droits

  • Vert faible : il se perd dans les démarches en ligne

  • Noir fort : il est bricoleur et en bonne santé

  • Jaune fort : il connaît tout le quartier depuis 40 ans


Que se passe-t-il entre eux ?

  • Karim descend les courses de Sophie
    (son Noir fort compense le Noir faible de Sophie)

  • Sophie aide Karim à remplir sa déclaration d’impôts en ligne
    (son Vert fort compense le Vert faible de Karim)

  • Karim invite Sophie au repas de quartier
    (son Jaune fort compense le Jaune faible de Sophie)

  • Sophie appelle la mairie pour Karim
    (son Bleu et son Vert forts compensent ses faiblesses)

Qui aide qui ? Les deux.
Qui est vulnérable ? Les deux.
Qui est ressource ? Les deux.


Comme les étourneaux qui dansent dans le ciel

Vous avez déjà vu ces nuages d’oiseaux qui dessinent des figures spectaculaires au coucher du soleil ?

Chaque étourneau suit des règles simples :

  • rester proche de ses voisins

  • aller dans leur direction

  • éviter la collision

De ces règles simples naît une danse collective magnifique.

👉 La solidarité fonctionne exactement de la même façon.


La solidarité, concrètement

À chaque instant, chacun de nous :

  • regarde quelles couleurs il peut offrir aujourd’hui

  • regarde quelles couleurs lui manquent aujourd’hui

  • s’ajuste avec ceux qui l’entourent

  • coopère pour que les couleurs se renforcent chez quelqu’un qui en a besoin

De cet équilibrage permanent naît ce que l’on appelle la solidarité.

Pas un système avec des « aidants » d’un côté et des « aidés » de l’autre,
mais une danse, où chacun est tantôt l’un, tantôt l’autre, souvent les deux en même temps.


Dans la vraie vie

À la maison

Papa sait réparer (Noir), mais c’est Maman qui gère les papiers (Vert).
L’ado s’exprime mal (Bleu faible) mais aide sa petite sœur pour les devoirs (Rouge et Noir).
Grand-mère ne peut plus conduire (Noir faible) mais accueille tout le monde le dimanche (Rouge et Jaune forts).

Au travail

Un collègue est brillant techniquement (Noir et Vert forts) mais n’ose pas parler en réunion (Bleu faible).
Vous portez sa voix.
Lui résout vos problèmes informatiques.

Dans le quartier

La voisine âgée ne sort plus (Noir faible) mais garde les enfants (Rouge et Jaune forts).
Vous faites ses courses.
Elle vous raconte l’histoire du quartier.


Ce que cela change

Comprendre cela, c’est comprendre que :

  • Personne n’est 100 % autonome

  • Personne n’est 100 % dépendant

  • Un « vulnérable » peut aider un autre

  • La solidarité n’est pas de la charité

  • Nous changeons de position tout au long de la vie


Et si…

Et si nous organisions nos familles, nos entreprises, nos quartiers, nos services sociaux avec cette idée simple en tête ?

Non plus :

« Voici les aidants » / « voici les aidés »

Mais plutôt :

« Quelles couleurs chacun peut-il offrir aujourd’hui, et de quelles couleurs a-t-il besoin ? »

Alors la solidarité cesserait d’être une obligation morale.
Elle redeviendrait ce qu’elle est vraiment :

Le mouvement naturel de la vie ensemble.

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