Cahier laissé pour plus tard

Écrit par un parent,
de petites notes avec un titre
Pour mon enfant, quand je ne serai plus là

Je commence par une chose simple, parce que si tu lis ce cahier, c’est que tu es déjà dans un endroit fragile et courageux à la fois.

Tu es un parent. Tu portes une inquiétude que beaucoup de gens n’osent pas dire. Elle revient le soir, ou dans les moments de calme : qu’est-ce qu’il deviendra quand je ne serai plus là ? Ce n’est pas une question “noire”. C’est une question d’amour, une question de responsabilité, et parfois une question de solitude aussi, parce qu’on a l’impression que tout repose sur soi.

Je veux que tu le saches dès la première page : tu n’es pas “trop inquiet”. Tu es en train de chercher une manière de protéger ton enfant sans t’abîmer et sans lui enlever sa vie. Et ça, c’est déjà une direction juste.

J’ai cherché longtemps une réponse qui ne soit ni un slogan, ni une promesse magique, ni une injonction à être “fort”. J’ai compris que la vraie terreur, dans l’après-nous, ce n’est pas seulement l’argent, ni seulement le soin, ni seulement le handicap, ni seulement les papiers.

La vraie terreur, c’est le vide. Le vide autour d’une personne, quand les gens passent, quand les équipes tournent, quand les habitudes changent, quand la fatigue gagne, quand les dossiers s’empilent, quand la personne n’a plus quelqu’un qui la connaît vraiment et qui ose dire : “non, ça, ce n’est pas acceptable pour lui.” Le vide, c’est ce qui fait qu’une vie peut se rétrécir sans bruit.

Et c’est précisément ce que DEDIĈI regarde en face : non pas en dramatisant, mais en disant que le problème est d’abord un problème d’organisation humaine. Une organisation qui doit tenir longtemps, et qui ne doit pas dépendre d’un seul pilier. Parce que le pilier, un jour, tombe. Ou disparaît. Et ce jour-là, il faut qu’il reste quelque chose.

C’est là que j’ai compris la proposition de DEDIĈI, et je l’écris comme je l’ai reçue, avec mes mots. DEDIĈI ne commence pas par dire “voici une solution”. DEDIĈI commence par dire : la meilleure protection, c’est un entourage vivant, organisé, durable, qui sait défendre et agir.

Et c’est étrange comme cette phrase, quand on la laisse entrer, peut redonner un peu d’air. Parce qu’elle déplace la question. Au lieu de demander “qui va me remplacer ?”, on commence à demander “comment construire autour de mon enfant quelque chose qui continue, même sans moi ?”

Le cœur de DEDIĈI, c’est l’idée d’un cercle de confiance. Quand j’ai lu cette expression, j’ai d’abord pensé à un concept abstrait. Puis j’ai compris que c’est très concret. Un cercle de confiance, ce n’est pas “tout le monde”. Ce n’est pas une foule.

Ce n’est pas un groupe WhatsApp rempli de bonnes intentions. C’est un petit nombre de personnes, choisies et reliées entre elles, qui acceptent d’être là, de se parler, de se relayer, et d’avoir une responsabilité humaine. Ce cercle peut être composé de proches, d’amis, parfois d’un voisin, parfois d’un membre d’association, parfois d’un professionnel de confiance qui comprend ce qu’est l’alliance et non la prise de pouvoir.

Ce n’est pas la quantité qui fait la force, c’est la fiabilité et le fait que ces personnes ne soient pas isolées les unes des autres. Le cercle, c’est une présence qui se sait présence.

DEDIĈI donne à ce cercle deux missions, et le fait de les voir écrites noir sur blanc m’a apaisé, parce que ce n’est pas flou.

Première mission : défendre et protéger. Défendre, c’est être celui ou celle qui peut dire “stop” quand quelque chose est injuste, humiliant, dangereux, quand on ne respecte pas la personne, quand on la réduit à un problème à gérer. Protéger, ce n’est pas enfermer. Protéger, c’est éviter les abus, les négligences, les abandons, les décisions prises trop vite, ou prises “par confort” de ceux qui organisent. C’est s’assurer qu’il existe un contrepoids humain, un regard qui ne s’endort pas.

Deuxième mission : s’occuper de la situation. Ça veut dire faire avancer le réel. Appeler, relancer, coordonner, vérifier, traduire les mots administratifs en solutions concrètes, repérer ce qui manque, trouver des appuis, et surtout ne pas confondre “il y a un dispositif” avec “il y a une aide réelle dans la vie de tous les jours”. Beaucoup de catastrophes viennent de ce décalage : sur le papier tout existe, dans la vie il n’y a personne.

Ce qui est précieux dans la manière dont DEDIĈI en parle, c’est que la protection n’est pas pensée contre la personne. DEDIĈI insiste sur une idée fragile mais essentielle : protéger sans se substituer. Je l’écris ici parce que c’est un fil rouge. Protéger, oui. Mais ne pas prendre la place. Ne pas décider “à sa place” par facilité, par peur, par habitude, même avec de bonnes intentions. La personne vulnérable reste une personne, avec une intimité, des préférences, des refus, une manière d’être au monde. Le cercle de confiance est censé soutenir cela, pas l’effacer.

Quand on a été parent-aidant longtemps, on peut parfois se retrouver à tout faire, et c’est humain, et parfois nécessaire. Mais l’après-nous demande un autre geste : construire une protection qui respecte l’autodétermination autant que possible. DEDIĈI tient beaucoup à cette exigence éthique, parce qu’elle évite un autre danger : celui d’un système “protecteur” qui devient une cage.

À ce stade, je me suis demandé : d’accord, mais un cercle, comment ça tient dans le temps ? Parce que la vie est la vie : les gens se fatiguent, déménagent, tombent malades, changent de situation, et parfois se découragent. Un cercle peut s’abîmer.

Et c’est là que DEDIĈI ajoute une deuxième couche, qui m’a fait du bien parce qu’elle ne nie pas la fatigue. DEDIĈI parle du “Petit Toit” et des “Grands Toits”. Le Petit Toit, c’est le cercle proche, humain, intime, celui qui connaît vraiment la personne. Les Grands Toits, ce sont les structures : institutions, services, associations, dispositifs, règles, financements. Les Grands Toits sont indispensables, mais ils ont leurs limites : ils tournent, ils changent, ils se réorganisent, ils peuvent être très bons à un moment et moins bons à un autre. Et parfois, sans le vouloir, ils écrasent ou ils standardisent. DEDIĈI ne dit pas “les institutions sont mauvaises”. DEDIĈI dit plutôt : si on veut que la personne ne soit pas seule, il faut une alliance entre le Petit Toit et les Grands Toits. Une alliance, ça veut dire que les structures doivent soutenir le cercle, le reconnaître, l’écouter, et aussi l’aider à tenir, parce que sinon le cercle s’épuise et la personne se retrouve à nouveau exposée.

C’est ici qu’apparaît une proposition très concrète : le Point d’Appui Solidaire. Je le comprends comme une sorte de soutien organisé autour des cercles. Pas un chef. Pas un superviseur qui commande. Plutôt un appui qui aide à clarifier les rôles, à éviter que tout repose sur un parent unique, à fournir des ressources, à apporter des renforts, à aider à traverser la complexité, à soutenir quand il y a conflit, et à garder le cap éthique.

Quand j’ai lu cette idée, j’ai senti une phrase se desserrer en moi : “si je tombe, tout tombe.” Le Point d’Appui Solidaire, dans l’esprit DEDIĈI, vise justement à ce qu’on ne soit pas dans cette logique. Il vise à ce que la protection devienne plus collective, plus stable, moins dépendante de la force individuelle d’un seul. Ça ne retire pas la douleur de l’incertitude, mais ça enlève une partie de la fatalité.

Et puis il y a une autre idée qui revient souvent, et qui est très parentale : la veille. Pas une surveillance froide, pas une suspicion permanente, pas une police du quotidien. Une veille humaine, régulière, qui empêche les situations de se dégrader en silence. Parce que l’après-nous peut parfois être une lente érosion : moins de visites, moins d’attention, un accompagnement qui se standardise, une parole moins prise en compte, et personne ne s’en rend compte parce qu’il n’y a pas d’alarme.

La veille, telle que DEDIĈI la pense, ressemble à une question qu’on se donne le droit de poser régulièrement : est-ce que la personne est respectée ? est-ce qu’elle est en sécurité ? est-ce que ses besoins et ses préférences sont entendus ? est-ce que l’aide est réelle, au quotidien ? est-ce que quelqu’un peut réagir si quelque chose ne va pas ? C’est une présence qui prévient, qui corrige, qui protège avant que ce soit grave. Il y a quelque chose de simple là-dedans : si personne ne regarde, tout peut se dégrader. Si au moins deux regards existent, organisés, reliés, alors on peut ajuster.

DEDIĈI porte aussi une ambition plus large, qu’ils appellent un “Code de la Solidarité” avec un “mandat de protection de tous les temps”. Je ne le reçois pas comme un texte figé, mais comme une direction : rendre la solidarité plus compréhensible, plus cohérente, plus fiable, parce qu’aujourd’hui tout est morcelé et compliqué. Derrière ce mot de “code”, j’entends une intention : que la solidarité ne dépende pas uniquement de la chance, du hasard des bonnes rencontres, ou de la force d’un parent.

Que la solidarité devienne une architecture plus juste, où la personne vulnérable est reconnue comme égale en dignité, et où l’entourage protecteur a une place claire. C’est ambitieux, oui. Mais parfois, l’ambition est ce qui évite le renoncement.

Maintenant, si tu as lu jusqu’ici, je voudrais revenir à toi, à ton enfant, à ton quotidien. Parce que tout cela doit pouvoir se traduire en gestes simples, sinon ça reste une belle idée. Et je veux le dire avec prudence : tu n’as pas besoin de “tout régler”. Personne ne règle l’après-nous d’un coup. Mais tu peux commencer à construire quelque chose de plus solide que l’angoisse. Pas à pas. Avec douceur. Sans te punir.

Le premier geste, c’est de faire apparaître l’entourage. Beaucoup de parents ont une impression diffuse : “il n’y a personne.” Et parfois, il n’y a vraiment pas assez. Mais souvent, il y a des personnes possibles, pas encore reliées, pas encore invitée dans un rôle clair.

Alors tu peux prendre une feuille, au calme, et écrire des noms, même imparfaits. Des proches. Une amie. Un cousin. Un voisin qui a du cœur. Un professionnel qui a une vraie humanité. Une personne d’association. Quelqu’un qui “comprend” ton enfant. Pas pour leur demander tout de suite une promesse énorme, mais pour commencer à voir qui existe.

Le deuxième geste, c’est de penser aux deux missions du cercle, et d’observer où tu es seul. Qui, autour, pourrait défendre et protéger ? Qui pourrait s’occuper de la situation, faire avancer, coordonner, vérifier ? Souvent, on découvre un déséquilibre : il y a des gens “gentils”, mais personne qui ose défendre ; ou il y a des gens compétents pour les dossiers, mais personne qui connaît la personne intimement. Le but n’est pas de juger, mais de voir. Voir, c’est déjà préparer.

Le troisième geste, celui que je trouve le plus tendre, c’est d’écrire ce que ton enfant est, au-delà des dossiers. Parce que le plus grand risque, quand les parents ne sont plus là, c’est que la personne devienne un “cas”. Alors tu peux écrire quelques pages simples : ce qu’il aime vraiment, ce qu’il ne supporte pas, ce qui l’apaise, ce qui l’angoisse, comment il dit oui, comment il dit non, comment on voit qu’il ne va pas bien, ce qui est sacré pour lui, ce qui le protège. Ce n’est pas une biographie. C’est un guide de respect. C’est une manière de transmettre son humanité à ceux qui seront là après toi. Rien que ça, c’est immense.

Le quatrième geste, c’est la régularité, parce que c’est elle qui fait durer. Une fois qu’un début de cercle existe, même petit, il faut un rythme, pas lourd, mais réel. Une rencontre de temps en temps, un moment pour se dire : comment ça va, qu’est-ce qui manque, qui fatigue, qu’est-ce qu’on doit ajuster ? L’idée n’est pas de créer une machine, mais une habitude de présence. Et c’est cette habitude qui, avec les années, devient une protection.

Je laisse ici une pensée que j’aurais voulu entendre quand je me sentais seul face à l’après-nous : tu n’as pas besoin d’être parfait. Tu as besoin d’être en chemin. DEDIĈI, dans ce que j’en comprends, n’est pas une promesse d’absence de douleur. C’est une proposition pour transformer la peur en construction humaine : un cercle de confiance, soutenu, relié aux structures sans être écrasé par elles, capable de défendre, capable d’agir, et attentif à la dignité de la personne. C’est une invitation à faire autrement, avec les moyens existants, en remettant l’humain, la continuité, et l’égalité au centre.

Et si je termine ce cahier avec une phrase d’espoir, je la veux réaliste, comme une main posée sur l’épaule : on ne contrôle pas tout, mais on peut éviter le vide. On peut fabriquer de la présence. On peut préparer des relais. Et parfois, rien que commencer cela, même modestement, change déjà la manière dont on respire aujourd’hui.

La meilleure “assurance”

Assureurs, acteurs de prévention, fondations :

Et si la meilleure “assurance” des personnes vulnérables c’était un cercle humain qui dure.

Le vrai risque n’est pas seulement médical ou financier. Il est organisationnel : rupture de liens, isolement, décisions subies, non-recours, conflits familiaux, ruptures de parcours, dérives institutionnelles et citoyennes, épuisement des proches.

Et si on traitait ce risque à sa racine, avec un dispositif simple, reproductible, et profondément éthique ?

Le Mandat de Protection de Tous les Temps

DEDIĈi propose un outil original : “protéger sans substituer”. L’idée forte : au lieu de “remplacer” la personne par une décision extérieure, le MPTT organise la durabilité d’un Cercle de Personnes de Confiance, entouré de garde-fous, pour que l’autodétermination reste possible dans le temps long, y compris quand les proches changent, s’épuisent, ou disparaissent.

Ce que le MPTT met très concrètement sur la table

Sans résumer tout le document, voici des mécanismes-clés qu’on retrouve dans l’architecture proposée :

  • Un cercle de personnes de confiance (et une mission explicite : protéger et s’occuper de la situation sans substituer)
  • Des “sentinelles” (veille citoyenne et veille institutionnelle)
  • Un garant institutionnel (soutien, stabilité, appui — sans prise de pouvoir)
  • Une clause de pérennité / réanimation (le dispositif survit aux départs, aux décès, aux ruptures)
  • Une logique de “soutien, pas contrôle” (sanctuarisation contre l’intrusion)

Pourquoi ça devrait vous intéresser

1) Assureurs et mutuelles : réduire le risque “invisible” qui coûte le plus

Vous assurez des événements. Mais le plus coûteux, dans les parcours de vulnérabilité, ce sont souvent les enchaînements : une crise en déclenche une autre, puis une autre… parce qu’il manque un cadre humain stable.

Le MPTT ressemble à un dispositif de prévention structurelle : il réduit les ruptures de parcours, il anticipe les moments de bascule, il limite les décisions improvisées, il clarifie les rôles, il prévient une partie des conflits et contentieux.

Si votre métier est aussi d’investir dans ce qui diminue les sinistres humains (et leurs coûts), le MPTT mérite au moins une exploration.

➡️ Point d’entrée : https://www.dedici.org/proteger-sans-substituer

2) Acteurs de prévention : une prévention qui ne se contente pas d’informer

La prévention échoue souvent pour une raison simple : on distribue de l’information… à des personnes qui n’ont plus l’énergie d’organiser la suite.

Le MPTT ne “sensibilise” pas, il outille : constitution d’un cercle, continuité, relais, garde-fous, médiation et gradation des désaccords.

C’est une prévention opérationnelle : elle crée l’infrastructure humaine qui manque quand la crise arrive.

➡️ Le texte du mandat

3) Fondations : financer un bien commun organisationnel

Beaucoup de programmes financent des “actions” (un service, un lieu, un accompagnement). Le MPTT propose quelque chose de plus rare : une innovation de gouvernance solidaire, qui peut s’adosser à des dispositifs existants sans les remplacer.

Financer l’appropriation du MPTT, c’est potentiellement : renforcer l’autodétermination, éviter l’isolement décisionnel, réduire les maltraitances par défaut d’organisation, soutenir durablement les proches.

➡️ Cadre et intention

Une question aux partenaires potentiels

À quoi ressemblerait un investissement réellement utile dans la protection des personnes vulnérables ? Un nouveau service ? Une campagne d’information ? Un numéro vert de plus ?

Ou bien… un dispositif qui rend possible, durablement, un “cercle” qui tient, qui se renouvelle, qui alerte quand ça dérape, et qui protège sans confisquer ?

Le MPTT pose une question exigeante : pouvons-nous protéger sans prendre la place ? Et il propose une architecture testable.

Trois manières de s’engager

1) Financer un pilote territorial

  • formation / outillage des cercles, rôle clair du garant, médiation, évaluation légère (indicateurs de continuité, crises évitées, satisfaction de la personne, conflits).

2) Soutenir une “cellule ressource” indépendante

  • support aux cercles, appui juridique/éthique, aide à la constitution, soutien aux sentinelles.

3) Co-produire un référentiel public de déploiement

  • kit d’appropriation, charte, guide de gouvernance, conditions de non-ingérence des financeurs.

Tout cela en restant fidèle à l’axe central : soutien, pas contrôle.

Invitation

Assureurs, mutuelles, acteurs de prévention, fondations : si vous cherchez un levier concret pour réduire les ruptures et renforcer l’autodétermination, lisez ces deux textes et dites-nous ce que vous y voyez : Cadre et intention   Texte du mandat

Ensuite discutons peut-être d’une expérimentation : petite, rigoureuse, mesurable, et surtout respectueuse de la personne.

➡️Nous contacter

Protéger sans substituer

Consultation d’expertise sur un Mandat de Protection de Tous les Temps

La protection juridique des majeurs est un pilier essentiel : elle sécurise des actes, clarifie des responsabilités, met en place des garanties et des recours. Pourtant, dans de nombreuses situations de vulnérabilité, une difficulté demeure — parfois la plus décisive : la continuité humaine autour de la personne.

Continuité de présence. Continuité d’attention. Continuité de compréhension fine. Continuité de défense et de vigilance. Continuité d’un entourage capable d’agir, de négocier, d’alerter, de tenir dans le temps long… alors même que les proches vieillissent, s’épuisent, se dispersent, ou disparaissent, et que les professionnels et les institutions sont soumis aux rotations, aux transitions, aux réorganisations.

C’est dans ce contexte que DEDIĈi ouvre une consultation d’expertise sur un dispositif en cours d’affinement : le Mandat de Protection de Tous les Temps . Le texte de référence (version de travail) est accessible ici : MPTT v6 – projet (PDF) 

1) Le point de départ : sécuriser ne suffit pas toujours à “tenir” la protection dans le quotidien

Les dispositifs de protection ont une finalité claire : prévenir les abus, sécuriser les décisions, protéger les intérêts de la personne. Mais il existe un angle mort récurrent : qui garantit, dans la durée, que la personne dispose réellement d’un cercle proche capable de l’entendre, de la défendre et de porter son projet de vie ?

Dans la réalité, des situations “se défaisant” dans le temps long ne sont pas rares :

  • la personne est isolée, ou ses proches sont trop loin
  • la famille est en conflit, ou l’entourage est instable
  • le parcours médico-social se fragmente
  • un mandataire fait au mieux avec un dossier lourd, mais ne peut pas “être partout”
  • l’organisation collective n’a pas d’outil simple pour fabriquer une continuité relationnelle et une vigilance de proximité.

DEDIĈi part d’une hypothèse : dans les situations de vulnérabilité, la protection la plus décisive n’est pas seulement procédurale ; elle est aussi, fondamentalement, humaine et relationnelle. Et cette protection-là ne tient pas sans organisation.

2) Le principe : “protéger sans substituer”

Le MPTT se situe dans une doctrine volontairement simple :

Ne pas remplacer les dispositifs existants, mais déplacer le centre de gravité de la protection au plus près de la personne, en garantissant l’existence et l’effectivité d’un cercle de personnes de confiance, stable et durable.

Autrement dit : il ne s’agit pas d’opposer la protection juridique et la proximité, ni de choisir entre représentation et autodétermination aidée. Il s’agit de construire un « Petit-Toit » robuste, où la protection juridique conserve sa place, mais où la personne ne reste pas seule — et où la continuité n’est pas un “bonus” dépendant du hasard des rencontres ou de l’énergie des proches.

3) Le cœur du MPTT : garantir un cercle de personnes de confiance… dans le temps long

Le MPTT (version de travail) propose d’organiser, autour du mandant, un Cercle de Personnes de Confiance : des personnes physiques librement constituées (proches, voisins, bénévoles, professionnels volontaires…), qui se rassemblent autour de deux missions structurantes :

  1. Défense : la vigilance et la protection de la personne contre toute atteinte à ses droits, à sa dignité, à sa sécurité, à son existence sociale.

  2. Accompagnement actif et durable : contribuer au quotidien à la recherche de solutions, au suivi des situations, à la négociation et à la coordination… sans agir en substitution.

Ce cercle ne vise pas à se substituer à un mandataire, à un représentant légal, à un juge, à une institution ou à un service. Il vise à rendre possible ce qui manque le plus souvent : une proximité organisée, stable, vigilante, capable de tenir dans la durée.

4) Ce qui rend ce mandat “différent” : quatre mécanismes à éprouver

Le MPTT propose plusieurs mécanismes qui doivent précisément être expertisés : leur solidité juridique, leur faisabilité, et leurs garde-fous.

a) Deux veilles “Sentinelles”

Une veille citoyenne et une veille institutionnelle, extérieures au cercle, ont pour rôle de vérifier l’effectivité : le cercle existe-t-il réellement ? se réunit-il ? tient-il son rôle ? la personne est-elle effectivement entourée ? L’intention est claire : pouvoir “vérifier que ça tient” sans exiger l’accès à l’intimité de la relation de confiance.

b) Un “Garant institutionnel”

Le mandat introduit la possibilité d’un garant institutionnel (une ou plusieurs personnes morales) qui soutient le dispositif : ressource, continuité, capacité à aider à la reconstitution du cercle, stabilité au long cours. Le garant n’est pas là pour contrôler la vie privée du cercle, mais pour garantir qu’une organisation de soutien existe réellement et ne s’effondre pas au premier choc.

c) Une clause de pérennité / réanimation

L’un des risques majeurs des dispositifs humains est la rupture : le départ d’une personne clé, l’épuisement d’un proche, la disparition d’un aidant, un changement de lieu de vie…
Le MPTT cherche à formaliser une continuité : quand une personne se défait, le dispositif ne devient pas caduc ; il déclenche au contraire une capacité de relai, de réorganisation et de reconstitution.

d) “Le soutien, pas le contrôle”

Le texte pose un principe de sanctuarisation : les acteurs institutionnels qui soutiennent le dispositif s’engagent à ne pas “prendre la main” sur l’intimité de la personne et de son cercle.
C’est une proposition exigeante : construire un appui institutionnel réel sans basculer dans l’intrusion, c’est-à-dire soutenir sans tenir.

5) Compatibilité avec la protection juridique : une articulation à clarifier, pas une concurrence

Le MPTT se présente comme compatible avec les régimes de protection (tutelle, curatelle, habilitation familiale, mandat de protection future…), tout en proposant un complément : l’organisation du cercle, de la vigilance et de la continuité.

C’est précisément l’objet de l’expertise : identifier les zones de friction (responsabilité, limites d’action, conservation, articulation avec les actes, secret, conflits d’intérêts, situations de désaccord), et renforcer les clauses et procédures.

Le texte prévoit une logique de résolution progressive : dialogue, médiation/veille, appui institutionnel, et, si nécessaire, recours à l’autorité judiciaire. La question n’est pas de supprimer les recours ; la question est de réduire les ruptures et les dérives avant qu’elles ne deviennent irréparables.

6) Pourquoi une consultation d’expertise maintenant ?

Parce qu’un mandat qui prétend tenir “dans tous les temps” doit être examiné avec rigueur, sans naïveté et sans complaisance. DEDIĈi souhaite ici une démarche simple : mettre le dispositif à l’épreuve avant de proposer de le diffuser.

Nous recherchons des retours critiques et structurés sur quatre dimensions :

  1. Juridique : qualification, compatibilité, opposabilité, responsabilités, validité des clauses, conservation, articulation avec les mesures existantes.

  2. Opérationnelle : qui tient les rôles ? comment former/soutenir ? quels moyens ? quel pilotage minimal sans bureaucratie ?

  3. Éthique : consentement, non-discrimination, prévention de l’emprise, protection contre les conflits d’intérêts, respect de la parole.

  4. Gouvernance : comment garantir l’effectivité sans intrusion ? comment définir un garant institutionnel crédible ? que peuvent/que doivent faire les sentinelles ?

7) Invitation à contribuer : un questionnaire d’expertise (10–15 minutes)

Pour structurer cette expertise, DEDIĈi met à disposition une consultation d’expertise en ligne :
Consultation d’expertise – Mandat de Protection de Tous les Temps (12 sections, 39 questions, 10–15 min) : [Questionnaire]

Le questionnaire s’adresse en particulier (sans s’y limiter) aux professionnels de la protection juridique (mandataires, juristes, magistrats, notaires, avocats), responsables d’associations tutélaires, professionnels du médico-social et de la coordination, institutions susceptibles d’être “garantes” ou partenaires, chercheurs et évaluateurs.

8) Ce que nous ferons des retours

Les contributions reçues nourriront une analyse critique des fragilités et des points à renforcer, une version améliorée du texte (clarifications, garde-fous, procédures), une clarification des conditions minimales de mise en œuvre (ce qui est indispensable, ce qui est optionnel, ce qui est impossible).

Notre intention est de proposer une architecture discutable, testable, et améliorable — et, si elle tient, de contribuer à une évolution des pratiques : protéger mieux, en protégeant d’abord la continuité humaine autour de la personne.

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